Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Neuvieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome IV): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794109]

Page: 220
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220 DE l’ANGLETERRE etc.
de l’édit de Nantes qui leur a donné presque toute
cette nouvelle industrie.
On peut juger par ce seul trait si les ssatteurs de
Louis XIV ont eu raison de le louer d’avoir privé la
France de citoyens utiles. Aussi en 1687 la nation
anglaise , Tentant de quel avantage lui seraient les
ouvriers français réfugiés chez elle , leur a donné
quinze cents mille francs d’aumônes , et a nourri
treize mille de ces nouveaux citoyens dans la ville
de Londres , aux dépens du public , pendant une
année entière.
Cette application au commerce dans une nation
guerrière l’a mise enfin en état de soudoyer une
partie de l’Europe contre la France. Elle a de nos
jours multiplié son crédit , sans augmenter ses
fonds , au point que les d&ttes de l’Etat aux parti-
culiers ont monté à cent de nos millions de rente.
C’est précisément la situation où s’est trouvé le
royaume de France, dans lequel l’Etat sous le nom
du roi doit à peu près la même somme par année
aux rentiers et à ceux qui ont acheté des charges.
Cette manœuvre inconnue à tant d’autres nations,
et sur-tout à celles de l’Asie , a été le triste fruit de
nos guerres , et le dernier effort de l’industrie poli-
tique ; industrie non moins dangereuse que la guerre
même. Ces dettes de la France et de l’Angleterre
sont depuis augmentées prodigieusement.
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