Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dix-Neuvieme = Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations, Tome IV): Essai Sur Les Moeurs Et L'Esprit Des Nations — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90794109]

Page: 226
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/voltaire1785bd19/0236
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
226 SUPERSTITIONS,

conservé dans des bouteilles, se liquéfie étant appro-
ché de leurs têtes. Ils accusent ceux qui président
à ces églises d’imputer à la Divinité des prodiges
inutiles. Le savant et sage AddiJJon dit qu’il n’a jamais
vu a more blouding trik un tour plus grossier. Tous
ces auteurs pouvaient observer que ces institutions
ne nuisent point aux mœurs , qui doivent être le
principal objet de la police civile et ecciésiastique ;
que probablement les imaginations ardentes des
climats chauds ont besoin des sigues visibles qui les
mettent continuellement sous la main de la Divinité ;
et qu’enfin ces sigues ne pouvaient être abolis que
quand ils seraient méprisés du même peuple qui les
révère. (12)
(12) Ces superstitions ne nous paraissent pas ausïi indifférentes qu’à
M. de Voltaire. Comme le miracle réùssit ou manque au gré du charlatan
qui est chargé de le faire , et que le peuple entre en fureur lorsqu’il ne
réussit pas ; le clergé de Naples a le pouvoir d'exciter à son gré des sédi-
tiohs parmi une populace nombreuse, dénuée de toute morale , que le
sang n’effraie pas , et qui n’a rien à perdre. Ensorte que la cérémonie
de la liquéfaction met absolument le gouvernement de Naples dans la
dépendance des prêtres. Toute réforme , toute loi qui déplaît aux prêtres
devient impossible à établir. Il faudrait éclairer le peuple; mais si un
ministre était soupçonné d’en avoir l’idée, le miracle manquerait, et il
se verrait exposé à toute la sureur du peuple.
Un seigneur napolitain avait imaginé de faire le miracle chez lui ,
ce moyen était un des plus sûrs pour le faire tomber ; mais le gouver-
nement eut peur des prêtres et on lui défendit de continuer. Son secret
se trouve décrit dans les mémoires de l’académie des sciences de Paris ,
1757 ; mais il n’est pas sûr que ce soit exactement le même que celui
des prêtres.
Espérons qu’un archevêque de Naples aura quelque jour assez de
véritable piété et de courage pour avouer que ses prédécesseurs et son
clergé ont abusé de la crédulité du peuple, pour révéler toute la fraude,
et eh exposer le secret au grand jour.
Il est bon de savoir que, si le miracle est retardé , il arrive souvent
que le peuple s’en prend aux étrangers qui se trouvent dans l’église, et
loading ...