L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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et Van Eyck, un Flamand, ont voulu représenter le corps humain, un Anglais ou un Espagnol
verra immédiatement un homme ou une femme ; mais il est loin d'être aussi certain que les amateurs de
nationalité étrangère pourront goûter l'œuvre, d'un peintre aussi complètement que les amateurs de son
pays. En tout cas, l'étranger ne recevra jamais la même impression que le compatriote de l'artiste, et
la différence de nationalité sera toujours pour quelque chose dans l'appréciation de l'œuvre. Parfois
le peintre y gagnera, du moins il frappera davantage, il semblera plus original, parce que, pour
l'étranger, l'originalité de sa nation sera ajoutée à son originalité personnelle. Plus souvent, cette
saveur d'étrangeté semblera moins désirable que curieuse; mais, qu'on l'aime ou non, elle se fera
toujours sentir.

Il est des cas où la différence de nationalité suffit pour rendre un peintre absolument inintel-
ligible quant aux qualités essentielles et artistiques; alors sa renommée, ayant d'abord grandi dans
son propre pays, est acceptée au dehors comme un fait accompli, ainsi qu'un titre de noblesse.
Quelquefois, il arrive aussi qu'une réputation considérable est strictement limitée au pays natal du
peintre, et s'arrête à la frontière. Il serait facile de citer des exemples nombreux, j'en citerai un seul.
Tout Écossais sachant que la peinture de paysage est pratiquée de nos jours, connaît le nom d'Horatio
Macculloch. Parlez paysage en Ecosse, et l'on vous demandera infailliblement : « Que pensez-vous
des tableaux d'Horatio Macculloch? » Le lecteur français voit probablement ici le nom de ce paysa-
giste pour la première fois, l'école française ayant une telle importance qu'elle absorbe en grande partie
l'attention que les Français peuvent donner à l'art moderne. On est plus surpris de voir le nom d'un
peintre aussi célèbre en Ecosse à peu près inconnu en Angleterre, c'est-à-dire dans la partie méri-
dionale de la même île. Question de nationalité clans l'art! Macculloch avait peint l'Écosse comme
les Écossais la voient, simplement, largement, avec une certaine sobriété qui indique un état
d'esprit très-différent de la surexcitation d'un paysagiste de Londres en présence des montagnes, des
lacs et des torrents qui composent le paysage sublime du Nord. J'ignore si le peintre indigène verrait
plus de beautés naturelles, ou les verrait plus clairement que l'étranger arrivant de loin, prêt à recevoir
des impressions nouvelles, dans leur première fraîcheur; mais je suis convaincu qu'il sentirait
autrement, et la sympathie entre lui et les habitants de son pays serait due à une communauté de
sentiments dans laquelle un étranger entrerait très-difficilement. Les sujets de la peinture sont ouverts
à tous sans distinction de nationalité, mais il n'en est pas ainsi des différentes manières de sentir. De là
les antipathies internationales dans les beaux-arts, dont nous nous proposons d'étudier quelques
particularités aujourd'hui.

Nous sommes tous trop capables d'un certain genre d'injustice qui a souvent retardé la réputation
d'un artiste devenu célèbre dans sa vieillesse ou même après sa mort. Nous lui attribuons volontiers un
parti pris d'excentricité lorsque son goût et l'idéal qu'il s'est proposé sont différents des nôtres. Il
nous semble évident que le peintre pourrait se conformer plus exactement à notre goût s'il le voulait.
Alors s'éveille le soupçon qu'il nous jette un défi, et du moment où ce soupçon a pris possession de
notre esprit, nous ne sommes plus disposés à mettre de côté notre sentiment personnel pour mieux
comprendre le sien. Au contraire, nous nous renfermons en notre jiersonnalité comme dans un
château fort, et pour arriver jusqu'à notre cœur il faut faire un siège en règle.

Cette injustice est commune quand l'artiste et le critique sont de la même nation, mais elle est
beaucoup plus fréquente lorsqu'ils sont de nationalité différente.

La chose indéfinissable que nous appelons le goût, et qui est d'une si immense importance dans
les beaux-arts, change d'un pays à un autre presque aussi complètement que les lois. Le goût que nous
avons, qu'il soit bon ou mauvais, nous vient de sources excessivement variées. Il est loin d'être aussi
personnel que nous voulons bien le croire. Il a fallu trente siècles, il a fallu toute l'antiquité et toutes
les évolutions subséquentes de l'esprit humain, pour former ce que le Parisien cultivé de notre époque
appelle son goût particulier pour les beaux-arts. Les traditions et les habitudes d'un passé immense
sont derrière lui, et l'ont préparé à sentir d'une certaine façon. La constitution personnelle modifie
cette influence du passé, mais dans des limites très - restreintes. Nous savons d'avance que les
Français qui naîtront cette année, auront en somme le genre de goût que nous appelons le goût fran-
çais. Nous pouvons prédire le caractère général des maisons qu'ils feront construire, et sans affirmer
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