L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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DE LA NATIONALITÉ DANS L'ART. 27

cette eau-forte avec le nom ou le monogramme du maître », il voudrait bien lui eri donner
communication.

Nous sommes heureux de pouvoir aussi offrir aux abonnés de l'Art le fac-similé du Champ de
blé de Claes van Beerensteyn dont les eaux-fortes ont longtemps été « attribuées tantôt à Vroom,
tantôt à Onsteyn (artiste qui n'a jamais existé), et dont on croyait lire les noms sur une couple
de planches ». Le livre de M. van der Kellen abonde en surprises de ce genre; la presse française
lui doit une éclatante réparation pour l'ignorance dans laquelle elle a trop longtemps tenu son rare
mérite et ses savantes et précieuses recherches.

J.-B. Wemsill.

DE LA NATIONALITÉ DANS L'ART1

(suite et fin.)

Etre reconnu pour un homme de gout constitue la moitié du succès dans le monde, — se faire
reconnaître comme peintre d'un goût fin et sûr est le plus grand pas vers le succès dans la carrière
artistique. C'est ici que l'on sent le plus péniblement cet obstacle que je puis appeler la difficulté
nationale. Le bon goût dans telle capitale est souvent le mauvais goût dans une autre. Les habitudes
sont différentes, et ce qui nous choque et nous offense est la rébellion contre nos usages. Les
hommes sont ainsi faits qu'une chose conforme à l'usage leur semble raisonnable, tandis que la non-
conformité provoque leur colère ou leur paraît absurde et ridicule. Un homme ne pourrait pas
s'habiller à la mode de 1830 sans être salué par le rire. Il en est ainsi pour les modes de la pensée.
Dans les traductions il faut avoir soin d'habiller la pensée de l'auteur à la mode du pays où elle va se
présenter. Mais on ne traduit pas un tableau, la gravure même n'est pas comme une traduction
littéraire puisqu'elle garde les formes et l'expression.

Le tableau qui arrive de l'étranger est exposé à une espèce de malentendu dont la littérature est
exempte. On ne se dit pas qu'il est écrit en langue étrangère, comme un livre, et que l'on ne peut pas
juger de ses qualités sans en avoir appris la langue. On le juge immédiatement, sans tenir aucun compte
de la différence de nationalité, et l'on se croit assez juste en appliquant le goût d'un pays à la production
d'un autre pays.

J'ai souvent été conduit à ces réflexions en voyant la curieuse réciprocité de critique artis-
tisque qui existe depuis bien des années entre la France et l'Angleterre. Rien ne saurait être plus
éloigné de la justice absolue que ces appréciations internationales. Haydon, peintre d'histoire, visite
Paris en 1814, et écrit dans son journal de voyage : « Les artistes français d'aujourd'hui ont
d'immenses connaissances, mais leur goût est mauvais. » Leslie, un artiste beaucoup plus éminent que
Haydon, d'un esprit plus pénétrant et plus fin, croyait très-sérieusement que l'école anglaise avait
une immense supériorité sur les écoles du continent, surtout avant la paix de 1815, mais que
depuis cette époque les peintres du continent avaient gagné, tandis que ceux de l'Angleterre avaient
perdu dans la même proportion. Il suggère qu'une des raisons de ce changement a bien pu être le
mélange du vin de l'art anglais avec Veau de l'art continental, qui a eu lieu comme résultat des
facilités de communication dont on a joui depuis la paix. « Quant à la culture de l'art historique et
religieux par les peintres du continent, dit M. Leslie en 1855, il sera temps de l'appeler la pratique
de l'art élevé, quand ils produiront des œuvres qui pourront soutenir une comparaison quelconque,
même éloignée, avec celles des anciens maîtres; tandis que nous avons le droit de dire avec orgueil
(et cela sans parler de Hogarth, Reynolds, Wilson et Gainsborough, qui sont maintenant comptés
parmi les vieux et grands maîtres), que les ouvrages de nos contemporains, Fuseli, Stothard, Tur-
ner, Constable, Wilkie, Etty, et les meilleurs de Haydon, prendront place avec honneur parmi ceux
des plus grands peintres qui aient jamais vécu. »

i. Voir i la page 7 du numéro 1 de l'Art.
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