L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LE STYLE POMPADOUR. 3 5

de cette époque n'ont rien de commun avec ce prétendu genre Pompadour que personne autant
que la Pompadour n'a contribué à faire disparaître. Après la fondation de Sèvres, sa plus constante
pensée, c'est l'achèvement du Louvre, c'est la réunion en un musée ouvert au public de tous les
chefs-d'œuvre renfermés dans le cabinet du roi. Elle protège les Martin, qui avaient établi une
manufacture de vernis pour lutter avec les produits orientaux. Cette fabrique fut déclarée, en 1748,
établissement national. Un arrêt du conseil permit « au sieur Simon-Etienne Martin de fabriquer
pendant vingt ans toutes sortes d'ouvrages en relief et dans le goût du Japon ou de la Chine ».

Tout cela, il faut l'avouer, ne ressemble guère au rococo. Est-ce à dire cependant que le style
Pompadour, le vrai, ne garde rien de celui qui l'a précédé? qu'il faut le donner comme le suprême
modèle de la simplicité élégante? Ce serait une exagération évidente, et nous ne prétendons pas
aller aussi loin. Quoi qu'on en dise, le goût d'un peuple ne passe jamais sans transition d'un
extrême à l'autre. Entre le style contourné et le style rigide, entre l'exagération de la ligne courbe
et celle de la ligne droite, il fallait un intermédiaire. En attendant les ridicules excès et les gro-
tesques lourdeurs du genre Empire, nous avons eu l'éclectisme du style Louis XVI, préparé, pro-
tégé, encouragé par la marquise de Pompadour.

Nous ne saurions mieux faire que de citer, à ce propos, les propres paroles de M. L. Cou-
rajod dans son introduction au Livre-Journal de Lazare Duvaux :

« M'"6 de Pompadour, dit-il, a laissé son nom à une époque de l'art; mais une erreur assez
commune est de qualifier de style Pompadour le style du mobilier le plus extravagant et le plus
contourné du xvin" siècle. Rien n'est plus injuste et rien n'est moins vrai. M'"e de Pompadour, au
contraire, donna l'impulsion à un style nouveau qui tranchait par sa simplicité sur l'ancien. Sans
avoir jamais vu l'Italie, elle avait un goût sincère pour l'antiquité. Elle croyait copier l'antique avec
les pierres gravées de Guay, à travers les dessins de Bouchardon. Et presque tous les artistes
qu'elle protégeait étaient imbus d'idées antiques. C'étaient Cochin, auteur d'un livre sur Hercu-
lanum; Soufflot, qui commençait le Panthéon; Gabriel, qui méditait le Petit-Trianon et le Garde-
Meuble et bâtissait l'École militaire. Elle avait envoyé son frère étudier l'antique d'après les fouilles
récentes des environs de Naples. Le style de Meissonier est déjà passé de mode; on en est à
Dandré-Bardon, l'antiquaire, et en pleine croisade de Caylus en faveur de l'antiquité. Ces vérités
trouvent une démonstration évidente dans la description des objets vendus par Duvaux et dans leur
ornementation reproduite par le Livre-Journal. On voit que Mme de Pompadour a inauguré le goût
qu'on a depuis appelé style Louis XVI, parce que c'est sous ce prince que ce style a pris tout son
développement. »

C'est là un fait bien curieux et qui a son importance pour l'histoire encore si mal connue des
variations du goût en France. La « place » qu'occupait la Pompadour en faisait la surintendante
générale de tout ce qui touchait à l'art. La maîtresse du roi devait être ou se croire naturellement
la plus belle des femmes, et le domaine du Beau lui appartenait de droit. D'ailleurs, il était tout
simple que le goût particulier de la favorite fît loi dans un milieu où la flatterie est le plus sûr moyen
de faire fortune et où le grand art est de plaire aux puissants.

Les courtisans s'empressèrent de suivre l'exemple donné par la Pompadour. Tout ce monde
se mit à l'affût des pièces antiques ou rares, et chacun se fit un point d'honneur de les enlever
aux autres. La cour entière, à commencer par le roi, la reine et leurs six filles, défila chez Duvaux;
ses registres en font foi. Les dépenses de ce genre devinrent si considérables, qu'on ne pouvait les
solder que par à-compte. 11 paraît que le 27 janvier 1760, la dauphine n'avait pas achevé de payer des
objets achetés six ans auparavant. Dans les salons, on discutait avec passion sur le mérite et la valeur
des artistes et des objets d'art. Chaque matin, les orfèvres, les bijoutiers, les marchands de curiosités,
se pressaient dans les antichambres des élégantes, auxquelles ils venaient offrir leurs productions
ou leurs acquisitions nouvelles. Le bon ton imposait tous les jours aux jeunes seigneurs l'obligation
d'aller passer quelques instants dans les boutiques à la mode. 11 fallait bien se tenir au courant des
belles choses et se mettre en état de parler de la merveille du jour.

Aussi la production artistique de cette époque est-elle très-active, mais naturellement elle se
développe dans le sens du goût qui domine à la cour. C'est un flot qui peu à peu envahit tout.
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