L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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l'influence artistique de Mme de Pompadour. Dans sa Lettre à un jeune artiste peintre, Cochin se fait le
défenseur du « grand goût » contre les mièvreries contemporaines. « Il se drape, disent MM. de
Goncourt, en régent pédant, en censeur de la rocaille... Embrassant dans ses anathèmes et ses
attaques orfèvres, ciseleurs, sculpteurs pour les appartements, il dénonce au public l'abondance, la
folie des ornements extravagants et déraisonnables, les artichauts, les pieds de céleri, les herbages,
les ailes de chauve-souris, les montées de palmiers contre les boiseries, le tourmenté des flambeaux,
le tortuage des choses faites pour être carrées, le couronnement de tous les contours en S qui
semblent avoir appris d'un maître d'écriture leurs mauvaises formes, l'arrondissement de tout empê-
chant de placer un meuble ou une chaise, la monotonie ennuyeuse d'une maison aux portes et aux
fenêtres cintrées depuis le bas jusqu'aux mansardes. Et ne lui parlez pas du prétendu maître de ce
décor, Meissonier : bombeur de toutes corniches, cintreur de toute ouverture, inventeur de
contrastes, faisant rondir et serpenter toute forme dans un cartel, — Cochin ne trouve pas assez
de qualifications méprisantes pour cet assassin de la ligne droite '.»

Et ces opinions, il les proclame, il les crie partout. Elles ne peuvent être ignorées ni de la favorite
ni du directeur des bâtiments du roi. Ce qui n'empêche pas ceux-ci de le combler de faveurs, de lui
laisser la haute main en tout ce qui regarde les arts. Encore une fois, comment cela serait-il possible,
si ces opinions n'étaient aussi celles de ses protecteurs?

11 serait absurde de faire de Cochin un précurseur de David. Il n'a pas le tempérament d'un révolu-
tionnaire, et ses prétentions au « grand goût » sont mêlées de bien des illusions. Les plus hautes
œuvres de l'antiquité et de la Renaissance l'étonnent et le déconcertent. Entre elles et ses habitudes
d'esprit l'opposition est trop violente pour qu'on puisse lui demander de franchir tout d'un coup cette
distance. Le Guide, Piètre de Cortone, voilà ses héros, voilà les représentants de l'art qu'il préfère.
11 n'en est pas moins vrai qu'il a contribué pour sa part à la révolution future. Ses compositions
académiques, le Brntus faisant mourir ses fils, le Virginius tuant sa fille, le Lycurgue blessé dans
une sédition, ont fait à leur époque presque autant de bruit et soulevé presque autant de con-
troverses que les sujets analogues traités par David quelques années plus tard. Cette antiquité affadie
et amollie par Cochin faisait déjà entrevoir le parti qu'en pourrait tirer un art plus vigoureux
et plus convaincu. Cela suffit, il me semble, pour qu'on ne puisse refuser à Cochin la perception,
aussi vague que l'on voudra, mais réelle, de la réforme nécessaire.

Une preuve encore, c'est que, au moment où cette réforme se produisit, Cochin, qui en fut
témoin et victime, ne la combattit pas. Bien que rejeté dans l'ombre par des successeurs plus
hardis, qui font du coup oublier ses timides essais de renouvellement; bien que refoulé par l'injustice
habituelle dans la foule des artistes à la suite, dont il a essayé de se séparer, il n'en applaudit
pas moins aux succès de Vien et de David.

Dans une lettre datée de 1785, il fait l'éloge de l'Hector rapporté à Troie, de Vien, et les cri-
tiques qu'il ajoute à ses éloges ne ressemblent en rien à un parti pris de dénigrement. Quant à
David, il proclame nettement son triomphe : « David, dit-il, a été le véritable vainqueur au Salon,
non qu'il n'y eût à désirer, surtout dans la disposition des figures et des groupes, dans le choix
des caractères de têtes, etc. Mais une exécution si belle et si ferme, une sûreté de dessin et
des détails excellemment rendus ont, avec justice, mis ce tableau au-dessus de tous les autres, d'autant
plus qu'il a abandonné cette couleur noire qu'il avait mise à la mode et que les autres n'ont saisie
qu'à son imitation. C'est un piège qu'il leur a tendu involontairement. Il s'en est tiré et les y a laissés. »

J'avoue que je ne vois là rien de cette « aigreur d'un oublié et d'un vaincu » que l'on a cru
sentir dans cette lettre. 11 me paraît évident, tout au contraire, que Cochin accepte avec une remar-
quable philosophie et avec une abnégation des plus méritoires la révolution qui le détrône, et
que cette abnégation s'explique surtout par une complicité antérieure, plus ou moins consciente,
dès iyjo, et à laquelle il est impossible de ne pas associer, dans une certaine mesure, Marigny
et la marquise de Pompadour.

Eugène Véron.

1. L'Art un xvnr siècle, par MM. Edmond et Jules de Goncourt; ae édit., t. II. p. 69.
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