L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE. 67

surtout par ses bronzes que le musée de Naples tient le premier rang- parmi les collections de l'Europe.
De grands bronzes, provenant pour la plupart des édifices publics de Pompéi, et surtout du théâtre
d'Herculanum, remplissent plusieurs salles du musée. Quelques-uns ont des proportions colossales,
notamment les statues d'Auguste, de Drusus, de sa femme Antonia. Plusieurs peuvent être comptés
parmi les chefs-d'œuvre, notamment l'Hermès assis, le Satyre ivre, le Satyre endormi, les deux Disco-
boles ou Lutteurs, le magnifique cheval provenant du quadrige de Néron. Une autre tête de cheval,
plus grande que nature et admirable de vie et d'expression, provient, d'après le catalogue, d'une statue
qui décorait la place du temple de Neptune à Naples.

Comme exemple de la perfection avec laquelle les sculpteurs anciens savaient rendre non-seule-
ment les traits particuliers d'un personnage, mais l'intimité de son caractère, on peut citer les bustes de
Ptolémée, de Scipion l'Africain, de Sénèque, d'Archytas, de Démocrite, d'Héraclite ; il est à peine
nécessaire d'ajouter que les noms donnés à des portraits antiques sont souvent assez arbitraires, mais
il est commode de les leur conserver pour les distinguer quand on en parle; si l'on exigeait trop de
garanties, on en viendrait à confondre presque tous les bustes sous le titre vague de personnages
inconnus. Toutefois il faut dire aussi qu'on se laissait aller trop souvent autrefois à donner des noms
de personnages célèbres à des bustes d'un caractère idéal; ainsi le beau buste intitulé Platon doit être
regardé comme un Dionysos barbu. Un grand nombre de bustes et de statues de bronze, par exemple
les six figures connues sous le nom de Danseuses d'Herculanum, ont des yeux incrustés en émail, ce
qui leur donne xm aspect un peu étrange pour nos goûts et nos habitudes. Mais le contraste qui nous
choque entre le ton de l'émail et celui du bronze n'existait probablement pas dans l'antiquité. Les
anciens coloraient le bronze de diverses manières par des procédés qui nous sont inconnus; la patine
noire ou verte des bronzes antiques est due à l'action du temps ; on ne pourrait juger les effets de la
sculpture polychrome que si l'on en retrouvait un spécimen d'une parfaite conservation, et c'est ce qu'il
est bien difficile d'espérer.

Louis Ménard,

Docteur es lettres.

(La suite au prochain numéro )

L'OPERA
M. GARNIER — M. BAUDRY

Le nouvel Opéra a été inauguré le 5 janvier par une représentation officielle. Si l'Art n'entend
point faire sa partie dans un concert d'éloges sans mesure, il lui convient bien moins encore de se
livrer à un examen critique qui ne soit pas très-sérieusement étudié et mûrement motivé. Sa rédaction
est donc résolue à ne pas traiter une œuvre de cette importance comme un simple sujet d'actualité.
Nous espérons que nos abonnés ne perdront rien pour attendre et trouveront au contraire dans
l'étendue même du travail — texte et gravures — que nous consacrerons à cette gigantesque
construction et aux œuvres d'art qui la décorent une preuve du respect que nous professons pour
tout effort artistique sincère; quand on attache son nom à un pareil monument, on a tous les droits
à ne pas être jugé à la légère.

Je n'ai été chargé aujourd'hui que de signaler un acte de souveraine injustice, un de ces actes
qui, aux yeux de M. de Talleyrand, avaient un tort plus grave que d'être une mauvaise action, celui
d'être une faute.

M. Garnier assistait à la représentation d'ouverture, et il y a appris sa promotion dans la Légion
d'honneur; ce n'était que justice. Mais il n'est personne qui n'ait été très-péniblement surpris du
silence officiel gardé au sujet de M. Baudry, qui est en Egypte. L'État est à tel point le débiteur moral
du peintre du foyer de l'Opéra, que son absence à pareil jour était un motif délicat de plus pour
saisir cette occasion de lui rendre un public et solennel hommage. On parle sans cesse de régéné-
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