L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LES FOUILLES DE POMPÉI ET LE MUSÉE DE NAPLES. 93

a été regardé comme le nourricier du Dieu des libations, son pédagogue et son fidèle compagnon.
De là aussi ses allures chancelantes, son humeur joviale et même son génie poétique, car le vin est
une source d'inspiration. La beauté idéale de Dionysos est encore relevée parla lourde vulgarité de son
gros serviteur. Quand on rapproche l'un de l'autre ces deux petits chefs-d'œuvre du musée de Naples,
le contraste est saisissant et atteste la souplesse de la sculpture grecque , aussi merveilleuse dans le
réalisme que dans le style, et qui aurait pu fournir des modèles à van Ostade aussi bien qu'à Raphaël.

Silène figure très-souvent comme support pour des flacons, des assiettes ou des corbeilles;
on le voit aussi employé à la décoration d'une fontaine. Plus souvent encore les fontaines sont
ornées de figures d'enfants jouant avec des dauphins qui ver-
saient de l'eau par la bouche. Il y a aussi des motifs empruntés à
la vie réelle, par exemple une charmante statuette de pécheur à
la ligne, placée au bord d'un bassin. Mais l'art antique, même
pour trouver des sujets familiers, n'avait pas besoin de sortir
de la mythologie, et la plupart des statuettes trouvées en si grand
nombre à Pompéi, ont un caractère religieux. Grâce à la variété
de ses types divins, le polythéisme pouvait se mêler à tous les
aspects de la vie. Les repas étaient des sacrifices, et le Dieu qui
personnifie la Libation (Liber, nom latin de Dionysos) y trouvait
naturellement sa place. Les statuettes, également très-nom-
breuses, d'Hermès tenant une bourse à la main, sont probable-
ment des allusions à quelque heureuse opération de commerce :
celles d'Asclèpios sont des ex-voto pour la guérison d'une ma-
ladie, celles d'Apollon et d'Athènè rappellent le souvenir d'une
heureuse inspiration ou d'une sage pensée. Toutes les dévotions
particulières concouraient à multiplier les œuvres d'art, car l'art
était la forme naturelle du culte et l'expression visible du senti-
ment religieux.

Au-dessous du polythéisme hellénique, qui était la religion
des villes, et avec lequel les religions locales de l'Italie s'étaient
plus ou moins confondues, il restait, surtout dans les campagnes,
des traces d'un naturalisme primitif beaucoup plus grossier. La
superstition du mauvais (fil, si répandue aujourd'hui encore en
Italie, existait dans l'antiquité. On connaît le vers de Virgile:

Nescio quis teneros oculus mUtt fascinât agnos.

Narcisse
Eronze du Musse Ndtiond de Xuples.

L'effet le plus redouté de la fascination, était de frapper de
stérilité les champs, les bestiaux: et les femmes elles-mêmes. A

ces maléfices on opposait l'influence des Dieux générateurs qui multiplient les fruits dans les ver-
gers, les troupeaux dans les étables. Ces divinités champêtres se rattachent à une époque plus
ancienne que la civilisation des Grecs et des Romains, et c'est dans les contrées où dominait la
population pélasgique, en Arcadie par exemple, que leurs simulacres étaient le plus répandus.
C'étaient des piliers servant de bornes aux champs et consacrés soit aux Dietix de la végétation et
de la fécondité, Dionysos, Pan, les Satyres, soit au Dieu des limites, appelé Hermès par les Grecs,
Terminus par les Latins; de là le nom de Termes donné à ces piliers symboliques, où la simplicité naïve
des premiers âges représentait par un emblème visible l'idée abstraite de la puissancj créatrice, sans
se douter que cette expression choquerait par sa clarté même la délicatesse d'une société plus raffinée;

Aujourd'hui, les amulettes qu'on porte en Italie font allusion aux cornes du diable, dont elles
écartent l'influence. Celles des paysans de l'antiquité ne répondent ni à nos idées ni à nos mœurs.
On ne pouvait les mêler avec les autres objets trouvés à Pompéi, et on les a placées avec raison
dans une salle spéciale où personne n'est obligé d'entrer. Mais l'ancien gouvernement poussait le
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