L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LA GRAVURE EN MÉDAILLES. "3

et jusqu'à Henri IV inclusivement, les médailles et les jetons étaient l'œuvre des mêmes artistes.

La première médaille française est due à une inspiration de patriotisme et de nationalité. Avant
Charles VII les jetons étaient des pièces de plaisir qui n'avaient aucun caractère historique ou
commémoratif. La médaille dont nous parlons maintenant est en or et a été faite en mémoire et en
réjouissance de l'expulsion des Anglais. Elle offre, il est vrai, beaucoup plus d'intérêt pour l'historien
que pour l'artiste ; pourtant on ne saurait la passer sous silence dans une histoire de l'art, puisqu'elle
ouvre la série des médailles françaises. Elle présente l'aspect des sceaux et des jetons du xv1' siècle.
D'un côté, on voit l'écusson des armes de France surmonté de la couronne royale et placé entre
deux branches de rosier. Le revers est rempli par une croix fleuronnée, imitée des monnaies du
temps. La légende est écrite en français Ct non en latin, selon l'habitude, et c'est la médaille qui
parle elle-même, au masculin, dans quatre vers d'une extrême naïveté :

Quant ie fux faict sans difcrance
Av prvdent roi ami de Dieu
On obéissait par tout en France,
Fors à Calais qui est fore lieu.

On sait que Calais, la seule place qui restât alors aux Anglais sur le sol de France, n'a été
repris que sous Henri II par le duc de Guise. Notre médaille a été faite en 1451, au moment où
les Anglais venaient d'être chassés de leurs dernières provinces, la Normandie et la Guyenne.

On cite encore du même règne de grandes pièces d'argent qu'on pourrait appeler des médailles,
quoiqu'elles soient plutôt des jetons. La plus importante, imitée des sceaux, montre d'un côté le
roi, la couronne en tète, assis sur un trône, revêtu du manteau royal et tenant d'une main le sceptre
et de l'autre une épée nue. Le revers montre le roi armé de toutes pièces, tenant son épée et
galopant sur un cheval dont le caparaçon est brodé avec des fleurs de lis.

Une véritable médaille a été faite à l'occasion de la fondation de l'ordre de Saint-Michel, institué
par Louis XI en 1469. D'un côté on voit le roi tenant d'une main une épée et l'écu de France;
de l'autre, l'archange saint Michel, tenant au bras l'écu de France, terrasse le démon sous la forme
d'un dragon. Cette médaille, suivant quelques érudits, était destinée à servir de modèle pour un type
de monnaie qui n'a pas été exécuté.

Deux influences se croisaient en France et dominaient tour à tour à la cour de Louis XI :
celle de l'Italie, qui arrivait par la Provence et le roi René, et celle de la Flandre, qui arrivait par
les ducs de Bourgogne. La ville de Gand était un centre éclatant d'industrie; l'orfèvrerie et le travail
des métaux y étaient poussés à une perfection très-grande. L'art du moyen âge devait se conserver
là plus longtemps qu'ailleurs, parce qu'il y avait sa source. Les armoiries et les figures héraldiques
étaient répandues à profusion sur les pièces d'orfèvrerie, comme sur les monnaies et les sceaux.
Mais l'influence qui venait ainsi par le Nord était balancée et fut bientôt étouffée par celle qui
arrivait du Midi.

La Provence et lé Comtat Venaissin se trouvèrent associés au xive siècle au mouvement d'idées
qui poussait l'Italie vers cette grande transformation qu'on a appelée la Renaissance. Giotto avait
travaillé à Avignon pour le pape Clément V, et Simone Memni, de Sienne, avait peint pour
Benoit XII, au palais des papes, l'histoire des martyrs et d'autres fresques. La Provence, par sa
situation voisine de l'Italie, se trouvait en rapports trop fréquents avec Florence, Pise, Gênes, Rome
et Naples, pour ne pas se ressentir de ce contact.

La ville d'Aix avait atteint sous le bon roi René un rare degré de richesse et de prospérité. Ce
roi artiste, qui, selon Michelet, était occupe à peindre une perdrix grise d'après nature, lorsqu'il
apprit qu'il avait perdu l'Anjou, et ne se dérangea pas de son travail, vivait habituellement entouré
d'artistes et de gens de lettres et cherchait dans leur société une distraction contre les chagrins
domestiques qui accablèrent s'a vie privée et les malheurs politiques qui vinrent le dépouiller de ses
plus riches provinces.

Nous n'avons pas à nous occuper ici des peintures qui sont attribuées au roi René, encore
moins de ses œuvres littéraires.

Tome I. 15
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