L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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WILLIAM HOGARTH. 179

votre part, ignorance ou platitude... Peignez, peignez mieux, si vous pouvez, apprenez à dessiner,
et n'écrivez plus. »

La haine qu'il nous portait provient en partie d'une singulière aventure dont il fut la victime.
Après le traité d'Aix-la-Chapelle, l'idée lui était venue de visiter la France, et le voilà, un beau matin,
débarqué à Calais sans passe-port, cette mauvaise invention n'existant point en Angleterre. Après avoir
visité la cité, ce qui ne fut pas long, il sort des murailles, et s'en va regardant les campagnes et
examinant les remparts qu'il longe. Une porte de la ville attire ses regards, il s'assied et se met
tranquillement à la dessiner; un garde accourt, il crie, — Hogarth était fort distrait, — on veut
s'expliquer, on ne s'entend pas; le peintre se fâche, le soldat plus encore, et finit, en vertu de sa
consigne, par mettre la main sur le délinquant qu'il conduit devant le gouverneur. Cet officier, après
rapport entendu, prenant le dessinateur pour un espion venant relever les fortifications de Calais, lui
déclare que, si la paix n'était signée, il le ferait pendre, et enfin donne l'ordre de le faire rembarquer
immédiatement. On le prend, on le pousse, ce petit homme, jusqu'au port, on le lance dans une barque
qui va le jeter comme un paquet sur le pont d'un navire en partance. Reconnaissons-le, dans un
si rude et si injustifiable procédé, il n'y avait pas de quoi faire revenir Hogarth des préventions qu'il
nourrissait contre la France. Son crayon, souvent déjà, nous avait attaqués; jugez ce qu'il fit après!
Il publia « la Porte de Calais » et maintes autres caricatures contre « les papistes et les mangeurs de
grenouilles » ; mais, au jugement des Anglais eux-mêmes, il ne connaissait point assez nos ridicules et
nos vices pour pouvoir les peindre; ses pamphlets bvirinés portèrent à faux : telum sine ictu. « La
Porte de Calais » est de 1749; elle fut achetée par le comte de Charlemont.

Revenons de deux ans en arrière. Sous le titre Industrv and Idleness, travail et paresse, Hogarth
produisit une nouvelle série de tableaux dans le genre de ceux qui lui avaient valu une si populaire
renommée; mais, comme on l'a très-bien dit, le mérite de cette œuvre réside plus dans l'intention que
dans l'exécution ; c'est môme un cours de morale un peu banal. Hélas! il n'est pas vrai que le travail par-
vienne toujours, et il est moins vrai encore que la paresse aidée de quelques vices ne puisse pas arriver
à la fortune et quelquefois aux honneurs.

Lorsque le prétendant Charles-Edouard débarqua, on sait que, d'abord, il obtint d'éclatants succès,
qu'il parvint même à quelques journées de Londres; en conséquence il fallut en toute hâte expédier des
troupes de cette ville pour renforcer l'armée anglaise. Ce fut ce départ des gardes qui donna à Hogarth
l'idée de The mardi to Finchley. Ils vont à la gloire, les futurs héros, mais dans quel état! avinés, bras
dessus bras dessous avec toutes les cuisinières et les « cocatrices » de la ville. Hogarth avait dédié la
gravure « à Frédéric II de Prusse, protectevir des arts ». Avant la mise en vente, une belle épreuve
fut présentée à Georges II. Ce prince s'attendait, assez naturellement, à quelque chose de guerrier,
d'héroïque, à la louange de ses gardes favoris qui avaient marché contre les rebelles. Sa première
question à un gentilhomme de service fut, raconte Ireland :

« Dites-moi quel est cet Hogarth?

— Un peintre, Sire.

— Un peintre ! Je hais la peinture et la poésie, elles ne sont bonnes à rien. Est-ce que, par hasard,
il aurait eu l'intention de se moquer de mes gardes?

— Le tableau, plaise à Votre Majesté, est conçu dans le genre burlesque.

— Cet Hogarth mériterait d'être sévèrement tancé pour son insolence; ôtez cette turpitude de
devant mes yeux. »

Le public ne partagea point l'opinion du prince, Hogarth vendit la peinture originale en employant
un procédé assez ingénieux. Il la mit en loterie et voici comment :

11 annonça, croyons-nous, que les deux mille premiers souscripteurs ou acquéreurs de la gravure,
vendue au prix de 7 schillings 6 pence, auraient la chance de gagner la toile peinte mise de cette façon
en loterie : 1,843 billets furent placés, et dans le but de hâter le tirage, Hogarth semble avoir attribué les
157 restants à l'hôpital des Enfants trouvés de Londres. Ce fut cet établissement qui gagna The mardi to
Finchlej-. Quoique la gravure soit très-supérieure à la peinture, le duc d'Ancaster en offrit 300 liv. st.,
mais l'heureux et riche hôpital préféra la garder, et le tableau doit être encore en sa possession.

Ce fut aussi à « la grande rébellion » qu'Hogarth dut de graver à l'eau-forte le portrait de Simon
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