L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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tombeau du duc de Bretagne. Michel Colombe habitait Tours. A l'époque où toutes les provinces sep-
tentrionales de la France étaient désolées par la guerre civile et les Anglais, la Touraine était
devenue le centre des arts et des lettres. C'est là que Jean Fouquet, notre célèbre miniaturiste, avait
reçu le jour, et, après avoir visité l'Italie, il était revenu se fixer à Tours où il avait formé d'excellents
peintres. Les auteurs des belles miniatures qui ornent le manuscrit de la prise de Gènes par Louis XII,
celui des Heures d'Anne de Bretagne, s'étaient formés à l'école de Tours.

La sculpture n'était pas moins avancée que la peinture. C'est à un statuaire de Tours, Jean Juste,
qu'on doit le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne, attribué si longtemps à Paul Ponce
Trebatti. Il n'est donc pas étonnant que la ville où s'étaient formés tant d'habiles peintres et
sculpteurs soit aussi celle où s'est faite une des premières belles médailles de la Renaissance française.
Michel Colombe, qui en est l'auteur, est un admirable sculpteur, qui, comme tous les artistes de ce
temps, cultivait à la fois plusieurs branches des beaux-arts.

Ce ne fut pas avant François I" que la centralisation commença à se faire dans les arts. Ce
prince attira et réunit autour de lui une foule d'artistes en totit genre, et tenta de faire pour le
château de Fontainebleau ce que Louis XIV devait réaliser plus tard pour celui de Versailles.
Mais sous Louis XII, nos écoles provinciales se formaient, et nos villes semblaient vouloir, comme
en Italie, rivaliser par leurs artistes. Il est certain que c'est sous Louis XII que la France commença à
produire des médailles vraiment belles et dont le caractère original atteste la force de nos graveurs.
La médaille Michel Colombe ne fut pas la seule importante de ce règne. Il y en a une plus grande qui
fut offerte à la reine Anne par la ville de Lyon et qui représente d'un côté Louis XII et de l'autre Anne
de Bretagne. On sait que Louis XII avait épousé Anne de Bretagne, la veuve de son prédécesseur
Charles VIII. La ville de Lyon avait déjà offert à la reine Anne une médaille qui la représentait
avec Charles VIII ; mais celle-ci est beaucoup plus grande .On voit d'un côté le roi vêtu d'une robe
à longs plis, coiffé d'un bonnet ceint de la couronne royale fleurdelisée; il porte le collier de l'ordre
de Saint-Michel. Le champ est semé de Heurs de lis. Au revers, la reine, vue à mi-corps, la couronne
en tète, les cheveux tressés, au cou une chaîne d'or. Le champ est semé de fleurs de lis et
d'hermine. La légende porte : « Je fus ainsi fondue en 1499, comme la commune de Lyon se
réjouissait sous le second règne de la bonne reine Anne. » Un lion, armes de la ville, est placé à
l'exergue des deux côtés de la médaille.

Des documents découverts dans les archives de Montpellier et publiés dans la Revue numismatique
de 1855 nous apprennent le nom des artistes à qui on doit cette belle médaille. Nicolas et Jehan de
Saint-Priest en ont fourni le modèle, et l'orfèvre Jean Lepère leur a prêté son concours. A cette
époque, le modèle en cire fourni par le graveur était ensuite coulé par un orfèvre et rendu au
graveur qui terminait le travail. C'est une bonne fortune bien rare à cette époque de pouvoir connaître
le nom des artistes à qui elle est due ; car il y a une telle obscurité sur l'histoire des beaux-arts en
France pendant la Renaissance, que le pins souvent nous ne savons à qui attribuer les chefs-d'œuvre
que notis admirons.

Parmi les médailles de ce temps, nous ne devons pas omettre celle du cardinal d'Amboise,
un des promoteurs les plus ardents de la Renaissance française. Elle est datée de 1503. Le revers
montre la tiare pontificale et les clefs de saint Pierre, et la légende porte : Un autre a obtenu ces
honneurs. Cette curieuse légende fait allusion à l'élection de Jules II au trône pontifical. Le cardinal
d'Amboise aspirait au pontificat, mais il échoua dans ses projets, et Julien de la Rovère devint pape sous
le nom de Jules II. C'est à cette occasion que Georges d'Amboise fit faire la médaille dont nous
parlons.

Le système monétaire subit d'importantes modifications sous le règne de Louis XII. Il fut le
premier qui fabriqua de grosses monnaies d'argent portant l'effigie du roi de France. Ces pièces furent
appelées testons. Les ducs de Milan avaient donné l'exemple de ce genre de monnaies, et Louis XII en
apporta l'usage en France après sa guerre dans le Milanais.

René Ménard.
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