L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NICOLAS-TOUSSAINT CHARLET. 219

se forma rapidement. Au nom de la liberté et de l'honneur national les souvenirs de la Révolution
et de l'Empire se confondirent et se coalisèrent contre la Restauration, et la lutte engagée ne
s'interrompit qu'en 1830 par la chute de la branche aînée.

Malheureusement elle devait reprendre bientôt avec une violence croissante. A tort ou à raison,
— nous n'avons pas ici à nous prononcer sur ce point, — on trouva que la royauté nouvelle ne
réalisait pas les espérances qu'on avait mises en elle. Ceux qui l'avaient faite l'accusèrent de
reprendre au dehors et au dedans le système politique contre lequel ils avaient voulu protester par
son institution. Le gouvernement, qui suivait avec inquiétude les progrès de cette opposition,
refusait de lui rien céder sur le fond, croyant trop qu'il lui serait possible de la désarmer par des
concessions de forme.

L'inépuisable et naïf enthousiasme de Charlet pour les vieux grognards de la grande armée, sa
perpétuelle admiration de la gloire purement militaire, en avaient fait, dans les dernières années
de la' Restauration, le représentant et l'interprète le plus populaire du patriotisme irrité. Quand à
son tour le gouvernement de Juillet se sentit menacé par les mômes protestations qui avaient perdu
la Restauration, il crut habile d'abriter les timidités de sa politique extérieuue sous un grand
déploiement de zèle napoléonien. Pour donner une apparence de satisfaction à une partie du public,
il affecta de s'associer aux souvenirs de l'époque impériale, que ravivaient sans cesse, avec les
dessins de Charlet, les chansons de Béranger et d'incessantes publications où continuaient à se
confondre l'impérialisme et le libéralisme.

Chaque année il faisait voter par la Chambre des députés une déclaration platonique de
sympathie pour la Pologne; il hissait sur la colonne Vendôme la statue du Petit Caporal avec son
costume légendaire, envoyait le prince de Joinville chercher ses cendres à Sainte-Hélène et les
faisait déposer en grande pompe à l'Hôtel des Invalides.

La double nomination de Charlet au grade d'officier de la Légion d'honneur et aux fonctions de
professeur de dessin à l'Ecole polytechnique faisait partie de cet ensemble de mesures, destinées,
dans la pensée du gouvernement d'alors, à désarmer ou à désunir l'opposition et à faire prendre
patience au sentiment populaire.

Ce n'est pas cependant que Charlet fût un homme politique. Loin de là, personne ne fut plus
dédaigneux que lui des théories et des systèmes. Son genre d'intelligence ne le portait pas de ce
côté. Les idées générales n'avaient pour lui nul attrait et, malgré quelques indignations intermittentes,
son libéralisme n'avait jamais été bien farouche. Mais il possédait à un degré remarquable cette
faculté particulière qui est si essentielle dans l'ensemble des qualités qui constituent le génie
artistique. Il vibrait aux émotions des hommes de son temps, particulièrement préoccupés de
l'abaissement militaire de la France; il partageait d'instinct les aspirations, les haines, les amours,
les préjugés de la foule, sans autre supériorité sur elle que la faculté de traduire le sentiment
général. Par l'esprit et par le caractère, il était peuple et résumait en lui une bonne partie de sa
génération. Aussi devait-elle bientôt se reconnaître en lui.

La censure d'ailleurs y avait aidé puissamment par ses inintelligentes persécutions et ses ineptes
exigences. Charlet, après avoir été la terreur des ministres de Louis XVIII et de Charles X, avait
bientôt commencé à tourmenter ceux de Louis-Philippe. Il avait mis les rieurs du côté de l'opposition.
11 fallait le désarmer et faire preuve de magnanimité. C'est ce qui décida sa nomination bien plus
que sa valeur artistique.

Cette nomination le combla de joie : « J'avoue, écrit-il à un de ses amis, que j'aurai du plaisir
à professer sous un point de vue élevé un art qui me plaît, dans lequel j'ai acquis quelque expérience,
et surtout au profit de jeunes gens que j'aime et qui seront appelés à relever les postes de notre
génération. » En effet, il prit ses fonctions nouvelles tout à fait au sérieux. Dès l'année suivante, 1839,
il publiait un cours de cinquante-deux dessins à la plume, qu'il fit précéder, en guise de préface,
d'une causerie artistique intitulée : La Plume où il expose les principes de son enseignement.

1. Ces dessins à la plume ont été successivement adoptés pour l'enseignement des écoles spéciales. Ils ont été imprimés chez les frères
Gihaut qui les avaient achetés. Us appartiennent maintenant à M. Leconte, éditeur, marchand d'estampes françaises et étrangères, à Paris,
y, boulevard des Italiens.
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