L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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ceux qui respectent pieusement cette chère mémoire, tiendront à imiter cet austère dédain. A quoi
bon, — sans compter ce qu'aurait d'acre pareille étude psychologique, — à quoi bon constater à quels
oublis peut entraîner l'insatiable passion du moi? Ce n'est pas d'hier qu'on ia connaît de force à se
faire un piédestal d'une tombe en piétinant, — mais bien à regret! — sur le défunt. Qui, d'ailleurs,
voudrait se souvenir en quel lieu, — l'endroit du monde à cet effet le mieux, choisi! — il a été
démontré que le mérite primordial de M. Galichon consistait dans sa grande fortune, et qu'il n'était
pas un écrivain, mais aurait pu le devenir, — à la longue peut-être, avec du temps, beaucoup de
temps et de persévérance, car il paraît que sa timidité naturelle lui faisait du tort!

Si, pour être homme de lettres il suffit de revêtir l'absence d'idées et de véritable savoir, de .
phrases élégamment creuses, de préférer à des pensées fermes, vaillantes, clairement exprimées, de
brillants exercices de style dont l'habile prestidigitation fait disparaître sous les festons et les
astragales la triste nullité du fond, M. Galichon ne fut point et ne serait jamais devenu un écrivain;
l'art de parler harmonieusement pour ne rien dire lui serait toujours resté inconnu, tout comme sa
franche et loyale nature serait demeurée rebelle à la science de dissimuler une perfidie en l'enguir-
landant parmi les fleurs de rhétorique d'un éloge apparent.

Je pourrais parler des études sur divers peintres-graveurs italiens, rappeler le livre qu'il consacra
à Albert Durer, mais on m'objecterait peut-être que ce sont là travaux d'érudit, d'iconophile entraîné à
prendre la plume par ses passions de collectionneur. Je préfère indiquer ce que lui suggéra sa timidité.

Quand il y avait danger à parler franc, quand s'attaquer aux innombrables abus du régime
impérial était chose si périlleuse que les journaux de l'opposition étaient réduits à mettre maintes
sourdines à leurs critiques, quand tous trouvaient que la politique de chaque jour leur donnait déjà
une besogne assez ardue et que nul parmi eux ne songeait a entreprendre une campagne en faveur du
plus glorieux patrimoine de la France, de ses richesses artistiques en danger, une seule personne n'a
pas hésité un seul instant à compromettre son repos, à exposer s'a fortune, à risquer sa frêle santé
pour défendre ces chefs-d'œuvre sacrés et combattre sans relâche les agissements déplorables d'une
administration qui prétendait ne relever que du bon plaisir du souverain. M. Emile Galichon déposa
vin cautionnement qui lui permît de traiter les questions d'art, au point de vue politique, dans la
Chronique des Arts et de la Curiosité ; il donna à ce bulletin d'enregistrement de faits divers, d'actes
officiels et d'enchères publiques, une vie extraordinaire qui en centupla la valeur et le tranforma
rapidement en cet organe redoutable où l'énergique écrivain livrait sans cesse bataille aux inepties
qui se commettaient dans les musées placés sous la férule de la surintendance, signalait les
améliorations que l'on évitait de réaliser, les actes de vandalisme dont on se montrait prodigue et osait
proclamer hautement « les droits de la nation sur les musées de la liste civile. » La presse ne tarda
pas à faire écho au courageux publiciste, les questions qu'il avait eu l'honneur de soulever entrèrent
dans la polémique quotidienne, et il a été donné à M. Galichon, — avant de terminer sa trop courte
carrière, — de voir s'accomplir quelques-unes des réformes qu'il avait si vaillamment réclamées.

Sa polémique a été réunie par ses soins en un volume, sous le titre d'Etudes critiques sur l'admi-
nistration des Beaux-Arts en France, de 1860 à iSyo l. C'est un livre à lire et à relire par tous ceux
qui ont à cœur le « Développement à donner à l'enseignement du dessin, » la « Fondation d'un musée
d'art industriel, » et toutes ces questions vitales de la solution desquelles dépend le maintien ou
l'anéantissement de la suprématie artistique de la France. Tous les points qui intéressent la vraie
splendeur de la nation, M. Galichon les a abordés, les a élucidés avec une compétence absolue ; ses
services à cet égard sont incomparables ; si sa voix n'a été que partiellement entendue, nous avons
la conviction que chacune des réformes signalées par lui doit infailliblement se réaliser sous peine de
déchéance. N'avons-nous pas vu tout récemment M. le duc Decazes donner, grâce à l'intervention
nouvelle de M. Armand Baschet, pleine satisfaction aux plaintes si légitimes qu'Emile Galichon a
formulées au sujet des « Archives du Ministère des affaires étrangères2. » C'est lui qui, le
24 octobre 1869, écrivait : « Il est de toute nécessité que le Ministère des affaires étrangères ouvre

1. Un volume in-8° de 331 pages. Paris, 1871, au bureau de la Galette des Beaux-Arts, 55, rue Vivienne (aujourd'hui, 3, rue Laffitte;.

2. Dans la Chronique des Arts et de la Curiosité. ,
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