L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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FORT UN Y. 365

genre purement pittoresque ou étrange. 11 est certain qu'il regardait toutes les scènes au point de vue
du jeu de la lumière sur les étoffes et sur l'architecture, et qu'il considérait surtout les harmonies
ou les oppositions de tons, les types, les emmanchements particuliers dans lesquels réside le
caractère des hommes et des choses. Le ciel, la nature et l'atmosphère lui parlaient plus que la
guerre elle-même. Cette tendance est très-importante à constater, parce qu'on arrivera plus tard à
cette conclusion , qu'au point le plus brillant de sa trop courte carrière et dans ses manifesta-
tions les plus heureuses, Fortuny est surtout doué d'une main prestigieuse et d'un œil sensible
et qu'il étonne plus qu'il n'émeut. Une circonstance grave de sa carrière d'artiste va d'ailleurs con-
firmer cette remarque que chacun n'aura pas manqué de faire, puisque, à l'âge
des ardeurs et des enthousiasmes, il assiste, lui peintre, à une campagne, unique
peut-être au point de vue du pittoresque, à des drames sanglants, à des scènes
qui offrent à chaque pas des tableaux poignants merveilleusement composés; et
que, dans tout son œuvre, le seul souvenir, le seul reflet de ces impressions qui
devraient être ineffaçables, c'est une toile, immense il est vrai, mais une toile
commandée officiellement, qu'il renoncera à achever et dont il rendra le prix,
déjà payé, à la municipalité de Barcelone.

Fortuny revint en Fspagne à la fin du printemps de 1860; la province qui
l'avait pensionné lui commanda la Prise des campements de Muley-el-Abbas et
Muley-el-Hamed par l'armée espagnole. 11 réunit de très-nombreux documents à
Barcelone même, acheta des uniformes et des équipements, fit poser des soldats
des différentes armes qui avaient pris part à l'action, s'occupa de reproduire les
portraits des personnages qui devaient figurer aux premiers plans, général Prim,
maréchal O'Donnell,'colonel Alaminos, général Ros de Olano, comte d'Eu, et les
officiers d'état-majors généraux; puis, muni de tout ce qu'il croyait nécessaire à
sa tâche, il revint à Rome où il avait résolu de l'exécuter. Déjà la municipalité
préparait dans la salle de ses délibérations deux places propices qui devaient
recevoir, l'une l'œuvre de Fortuny, l'autre Un Episode de la journée de Caslillejos.

L'artiste avait peint une esquisse sur laquelle on lui indiqua quelques modi-
fications à faire, et aussitôt arrivé il fit tendre sur châssis une toile de quinze
mètres de longueur qu'il voulut préparer lui-même, s'employant comme un véri-
table manœuvre à cette besogne qu'il regardait comme très-importante. La com-
position indiquée est certainement bien équilibrée, mais on ne saurait dire qu'elle
soit originale; il avait d'ailleurs à lutter contre le souvenir de la Smalah d'Horace
Yernet, qui l'obsédait et qui était écrasant pour lui en ce sens qu'il se présentait
immédiatement à l'esprit de tous, d'abord à cause du' pays où la scène se (
passait, puis de l'action elle-même et du genre auquel elle se rattachait; enfin Épée
et surtout, en raison de la dimension et de la proportion de la toile où les Du commencement
épisodes devaient fatalement se souder les uns aux autres. Fortuny, pour repré- du m* siècle.
senter la prise du campement, s'était placé dans le camp des Maures; à gauche, Dessin Je Fortuny.
il avait la tour de Jéléli et la hauteur d'oii tonnait le carton ennemi, en face, sur

toute la longueur et parallèlement au plan du tableau, la tranchée marocaine escaladée par les
Espagnols. Le personnage principal, le général Prim, dans un beau mouvement équestre, entrait
par l'embrasure de la tranchée suivi d'Escalante, de Santa-Cruz, Campos, Alonteverde, etc.; un peu
à gauche, le maréchal O'Donnell entrait aussi à cheval suivi de ses aides de camp, au milieu desquels
on distinguait le comte d'Eu. Sur toute la largeur des premiers plans, les .Maures fuyaient faisant
face aux spectateurs avec des groupes diversement composés, chevaux sans cavaliers, blessés en
détresse, moutons et bestiaux pêle-mêle : tout le désordre enfin d'un camp arabe pris inopinément
d'assaut. Le travail, tout d'abord, fut opiniâtre et exécuté avec un certain entrain, puis peu à peu l'ar-
tiste se refroidit; il fit successivement ajouter deux et trois mètres à la toile, soudant un épisode à l'autre,
perdant le sentiment de l'ensemble, ayant même fait une erreur de mise en toile qui avait eu pour
résultat d'établir une certaine disproportion entre les figures du premier plan et celles qui étaient à la
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