L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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M. J. MASSENET. 375

A peine est-il de retour en France, que M. Massenet retrouve la furie de production qui le dis-
tinguait dès avant son départ. Bientôt (juillet 1866) il fait exécuter aux Champs-Elysées deux fantaisies
pour orchestre, puis (24 mars 1867) il fait connaître aux habitués des concerts populaires sa première
Suite d'orchestre, que M. Pasdeloup fait jouer aussi, peu de jours après, à l'Athénée, où se donnaient
alors des concerts très-brillants. On sait que cette Suite, composée de quatre morceaux {Pastorale et
Fugue, Thème hongrois varié, Adagio, Marche et Strette), obtint un très-réel succès, justifié par une
forme originale, par d'heureuses idées musicales, par une instrumentation très-fine, très-nerveuse et
très-variée. Le 3 avril suivant, le jeune musicien fait son début au théâtre en donnant à l'Opéra-
Comique la Grand'Tante, un petit acty écrit sans grande prétention; en même temps il prend part au
concours ouvert pour la cantate de l'Exposition universelle, et sa partition, non couronnée, mais très-
bien classée, obtient le numéro 3. Enfin il écrit pour le Théâtre-Lyrique la cantate officielle destinée à
être chantée le 15 août 1867 (Paix et Liberté!), et il prend part à un nouveau concours, celui ouvert à
l'Opéra pour la Coupe du roi de Thulé. Mais il était alors sous l'influence des idées wagnériennes, qui
dominaient l'esprit d'un si grand nombre de nos jeunes musiciens, et, de son aveu môme, sa partition
de la Coupe, qu'il détruisit plus tard, était l'œuvre la plus baroque qui se pût rencontrer.

A la suite de ce débordement, M. Massenet semble se recueillir un peu, et pendant quelque temps
on n'entend plus parler de lui. Il écrit et compose toujours, mais il ne se produit pas devant le public.
Un auteur dramatique, M. Ruelle, trace pour lui le livret d'un grand opéra en cinq actes, avec
prologue et épilogue, Manfred. Ce sujet convenait au compositeur, mais, je ne sais par suite de quelles
raisons particulières, il ne se décida pas à le traiter. C'est dans des productions intimes, poétiques,
tout à fait en dehors du drame et de la symphonie, que M. Massenet se complait alors. Il écrit sur des
vers d'un vrai poète, M. Armand Sylvestre, deux choses charmantes : Poëme d'Avril et Poème du
Souvenir, sortes de fantaisies mélancoliques, formant chacune un petit recueil d'un accent très-per-
sonnel et très-pénétrant, d'un caractère touchant et rêveur, parfois même pathétique, et indiquant
nettement les aptitudes de l'auteur au point de vue de la scène. C'est dans le même temps, je crois,
que M. Massenet publiait ses Chants intimes, mélodies vocales, et l'Improvisation, « scène italienne
transcrite pour le piano. »

Je signalerai rapidement les nouvelles productions instrumentales du musicien, dont quelques-
unes pourtant sont très-importantes : seconde Suite d'orchestre (concerts populaires, 26 novembre 1871) ;
la musique écrite pour le drame de M. Leconte de Lisle, les Erinnyes (Odéon, 6 janvier 1873), dont il
fit une troisième suite; les Scènes pittoresques, quatrième suite (Concert national); les Scènes drama-
tiques, d'après Shakespeare, cinquième suite (concerts du Conservatoire) ; l'ouverture de Phèdre
(concerts populaires).

Il me faut bien dire aussi quelques mots de Don César de Ba^an, représenté à l'Opéra-Comique
le 30 novembre 1872, et de Marie-Magdeleine, « drame sacré », dont la première exécution eut lieu à
l'Odéon le 11 avril 1873.

Lorsque l'administration de l'Opéra-Comique, prise au dépourvu et se trouvant avoir besoin d'un
ouvrage en trois actes dans un délai fort court, vint le demander à M. Massenet en lui accordant trois
semaines pour le faire, celui-ci était encore sous l'influence des idées fâcheuses qui prévalaient dans
certain petit clan musical : d'une part, il méprisait le genre de l'opéra-comique, ce genre illustré tour
à tour, depuis plus d'un siècle, par tant de grands maîtres, Philidor et Monsigny, Grétry et Dalayrac,
Berton et Boieldieu, Méhul et Nicolo, Hérold et Auber, Halévy et Adam; de l'autre, rien ne lui sem-
blait plus facile que de brocher à la hâte trois actes de semblable musique, et comme, en résumé,
l'occasion était favorable pour se produire, il n'hésita pas à accepter la proposition qui lui était faite.
Mais M. Massenet apprit à ses dépens qu'on n'écrit pas en trois semaines un Déserteur ou un Pré
aux Clercs, une Dame blanche ou une Giralda. Pour avoir trop présumé de ses forces, pour n'avoir pas
compris que le dédain qu'il affectait pour la forme de l'opéra-comique n'avait aucune raison d'être, il
fut bientôt dévoyé et fit un pas de clerc. La critique fut dure à son œuvre, et le public ne lui fit pas
meilleur accueil. C'est que Don César de Ba^an était une mauvaise partition, c'est que, dans les con-
ditions où elle avait été conçue, elle ne pouvait être bonne. L'artiste était tombé de haut, il fut un peu
étourdi de sa chute; celle-ci lui fut profitable pourtant, et il comprit bientôt qu'en matière d'art il n'est
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