L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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l'autre, est-ce qu'il n'y a pas un singulier contraste entre ces deux hommes : François Millet et
Mariano Fortuny? Et comment pouvons-nous changer assez vite de point de vue pour étudier celui-ci,
comme nous venons de le faire, après avoir essayé, il y a quelques jours, de faire comprendre ici
même celui-là, nous efforçant de faire à tous deux leur place légitime, en dehors des entraînements
de la mode et des idolâtries passagères?

Ce sera la conclusion de cette étude que ce parallèle entre deux artistes qui s'opposent l'un à
l'autre comme deux bruyants contrastes et deux violentes antithèses.

Ce que Fortuny cherche avec tant de sollicitude, il semble que Millet l'ignore, l'évite ou le dédaigne :
les effets brillants, les jeux, les miroitements, les caprices de la lumière, ses mille petits effets épars
observés par un œil curieux et sensible et rendus par une main d'une habileté sans seconde : tout
cela disparaît dans un grand parti pris général. Détail de la forme et détail du ton, petites saillies invi-
sibles des plis et replis, subdivisions du modelé, décomposition prismatique des couleurs, reflets inat-
tendus patiemment constatés par un œil auquel rien n'échappe , le peintre de la nature ne vent rien
voir; il cligne les yeux pour saisir l'effet général et les valeurs maîtresses, il simplifie, sacrifie, noie
les détails dans de grands plans généraux qui sont comme la synthèse des choses et qui ne disent à
nos yeux et à notre esprit que la phrase principale, le mot nécessaire, important, sans les distraire par
mille petits propos qui sont ingénieux, mais qu'il regarde comme frivoles, parce que trop souvent la
pensée principale et l'idée dominante s'y noient.

L'art est multiple, chacun apporte l'expression de sa nature et s'y manifeste tel que Dieu l'a créé.
Celui-ci est dominé par une grande émotion qu'il veut communiquer ou par une haute pensée qu'il
s'efforce de faire comprendre ; celui-là, sous le charme d'un enivrement produit par des jeux de
lumière, des scintillements, des contrastes ou des harmonies, essaye de les fixer comme il peindrait
les taches d'un bouquet éclatant; involontairement et fatalement tous deux s'incarnent dans leur œuvre
qui nous dit clairement quelle était la profondeur de l'âme de chacun et où la palette et le crayon pre-
naient leur inspiration.

L'un, véritable charmeur, plein de séductions, visait aux yeux et nous éblouissait ; l'autre, simple,
rustique, sans roueries ni maléfices, visait au cœur et voulait nous toucher et nous convaincre'.

Charles Yriarte.

JEAN-LOUIS HAMON

Ceux-là sont heureux que la Fée du Rêve a touchés de ses lèvres dans leur berceau!
Que la terre leur soit douce ou rude, ils y marchent à peine, vivant toujours de l'âme et des yeux
dans le monde supérieur qu'ils se sont fait eux-mêmes. Que les objets qu'ils rencontrent soient
charmants ou grossiers, ils en jouissent toujours, les estimant à leur prix mieux que le commun
des mortels ou les transformant sans efforts en adorables visions. Et si ces hommes bénis de la
Poésie prennent un pinceau ou une plume pour faire passer dans l'esprit des autres les songes
nobles et délicats qui s'agitent en eux-mêmes, combien peu ils ont besoin de charger d'encre
cette plume ou de couleurs ce pinceau, pour s'attirer l'indulgente sympathie et la facile admiration
de tous, dans ce monde assez triste, où pour beaucoup d'entre nous le bonheur n'est que dans l'illusion
et le repos que dans les songes!

Jean-Louis Hamon, le peintre rêveur, est né le 8 mai 1821, dans le pays des rêves, à Saint-
Loup, près Plouha, dans la Bretagne du Nord, où les enfants voient encore, le matin, sous les brouil-
lards légers, danser les Korrigans malins dans la bruyère en fleur et redoutent d'être entraînés au fond

1. C'est grâce à l'obligeante de MM. Goupil et CM que nous avons pu faire graver les nombreuses œuvres Je Fortuny qui illustrent
ce:te seconde partie de l'étude de M. Charles Vrmrte.
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