Goupil-Fesquet, Frédéric ; Vernet, Horace [Oth.]
Voyage D'Horace Vernet En Orient: Orné de seize dessins — Paris: Challamel, Éditeur, 1843

Page: 208
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ses formes. Les orangers et les grenadiers en fleurs, les lauriers-roses et
les tamarins embaument les chemins, qu’ils couvrent de leurs ombrages,
partout des jardins délicieux embellis encore par les rayons d’un soleil
longtemps attendu.
Nous voici à la porte d’Hassan, capitan; des esclaves se chargent de
nos montures, les babouches sont laissées à l’entrée; on prend place au
feslin, quiest déjà servi sur plusieurs grands plateauxde ferblanc; on s’ac-
croupit autour d’eux; le général Sèves prend la première part, le maître
du logis reste debout derrière lui pour le servir, lui et les autres convives
(il ne doit toucher aux mets qu’après que tout le monde en a goûté ). Une
quarantaine de plats assaisonnés alternativement, les uns de sucre, les
autres de sel, apparaissent successivement; on ne fait guère que prendre
une bouchée de chacun. Il y a des fourchettes pour ceux qui les aiment
et d’excellent vin. Le général y fait honneur, ainsi que tout le reste de
la bande. Hassan capitan, malgré ses scrupules religieux, cède à la ten-
tation d’en boire, et se grise si bien, qu’il tombe sous la table. Cet inci-
dent allume la verve du pacha, qui entonne alors une kyrielle de ces
bonnes vieilles chansons de troupier, qui ont toujours l’attrait de leur
gaîté nationale; celle du forgeron est une des plus originales; son
accompagnement se fait en frappant avec un verre sur la lame d’un
couteau, imitant ainsi le battage du marteau sur l’enclume; le dernier
couplet est plus vif, et se termine par la rupture de la lame au moyen
d’un coup sec donné à propos. Le repas fini par des toasts consécutifs et
très-variés, nous regagnons joyeusement nos pénates, faisant retentir
les bosquets et les plages des chants du Départ, de la Marseillaise, et
d’une infinité d’autres réminiscences patriotiques.

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