Prisse D'Avennes, Achille Constant Théodore Émile
Histoire de l'art égyptien: d'après les monuments ; depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine (Text) — Paris, 1879

Page: 395
Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/prisse1879text/0398
License: Creative Commons - Attribution - ShareAlike Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
DESSIN. 395

Fac-similé d'une esquisse. — Nécropole de Thèbes. — xvnr5 dynastie.

Ce groupe est tiré d'une série de captifs asiatiques et africains, tracés en noir, de cette
grandeur et avec une pureté remarquable, sur une des parois inachevées du tombeau de Rames,
haut fonctionnaire qui vivait dans les premières années du règne de Khouenaten, et fut enseveli
dans Je monticule appelé aujourd'hui Abd el-Gournah.

Tous les types de têtes y sont habilement saisis; on peut y reconnaître les chefs des peuples
avec lesquels les Égyptiens étaient constamment en guerre. Ce sont d'abord les nègres, dont les
tribus si nombreuses n'ont jamais su se former en nations, et dont le type et les mœurs n'ont
pas changé depuis que cette esquisse a été tracée. Les deux traits que l'on remarque sur la joue
du nègre, placé au milieu, et qu'on serait tenté de prendre pour deux faux traits, deux repentirs
de l'artiste, indiquent bien les deux entailles que se font souvent, encore aujourd'hui, certains
noirs pour orner leur figure.

Des deux Asiatiques aux yeux clairs, le premier à la physionomie bien caractérisée, et portant
barbe et moustache, me paraît représenter un Syrien, un Limanou, c'est-à-dire un habitant dn
Libau, ou encore un de ces Rotennou qui avaient établi leurs demeures sur les versants du
Taurus : quant au second Asiatique, celui dont le profil effilé et rusé se projette sur les autres
avec les cheveux tombant sur le front et la nuque, et partagé par une longue tresse pendante sur
la joue; il doit offrir l'image d'un liobou, qui fut le plus formidable ennemi que les Égyptiens
rencontrèrent en Asie, lis furent en guerre avec lui, au moins depuis le règne de Khouenaten
jusque sous Ramsès III, qui retraça à Médineh-Thabou ses victoires sur ce peuple qu'il ne put
jamais complètement détruire, mais dont il envoya à Thèbes quelques milliers de mains et de
phallus; sorte d'hommage rendu à la bravoure des vaincus.

Fac-similé d'une esquisse épurée. — Nécropole de Thèbes. — xvmc dynastie. *f

J'ai voulu, en donnant le beau groupe qui fait le sujet de cette planche, présenter un complet
spécimen de ce genre d'esquisse, avec ses repentirs et ses tâtonnements; je l'ai choisi parmi les
ébauches qui se voient dans le tombeau inachevé de Rames d'ouest tirée la planche précédente.

Celle-ci représente également un groupe de captifs dans des attitudes variées. Un nègre
debout vêtu d'une peau de panthère et la tête ornée de deux plumes, symbole d'autorité, implore,
les bras étendus, la clémence du pharaon qui reste impassible dans sa majorité ; deux Asiatiques
agenouillés et reconnaissables à leurs traits comme à leur barbe, paraissent lui demander grâce
avec plus d'ardeur; enfin, un quatrième captif, dont la race n'est pas bien caractérisée, se pros-
terne avec plus d'humilité encore que ses compagnons et semble baiser la terre comme le font
les Égyptiens d'aujourd'hui, en prononçant leur Ana fy ard-ak, yâ Sidi, ou, littéralement, je

suis sur la terre, ô mon maître !

Cette esquisse n'est peut-être pas aussi parfaite que plusieurs autres que j'aurais pu choisir ;
telles sont, par exemple, les grandes figures tracées sur les piliers du tombeau de Séti I« : mais
le groupe que j'ai reproduit, tout défectueux qu'il est encore, après avoir reçu les corrections
des contours noirs, forme un sujet plus complet. En outre, par sa grandeur, il m'a permis de
le reproduire sans réduction, par le calque même, ce qui en fait un véritable dessin autographe.
loading ...