Revue égyptologique — 10.1902

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Eugène Eevillout.

Évidemment ce n'est pas seulement une simple annonce de librairie qu'on prétend
renouveler ainsi à chaque congrès. C'est cependant la pensée qui est venue à plusieurs, à
Rome, dans la séance que j'ai présidée, lors de la lecture d'ERMAN — à laquelle j'ai cru
devoir cependant faire bon accueil dans ma réponse. Non, ce qu'on veut sans doute, c'est
provoquer une discussion à ce sujet : et c'est pour donner suite à cette attente que je prends
la parole aujourd'hui.

Il y a eu et il y a encore chez quelques membres de l'Ecole égyptologique une cer-
taine répulsion pour les auteurs, ou comme le disait Maspero les «faiseurs», de dictionnaires.

Mon cher et bien regretté ami Chabas proscrivait entièrement ce genre d'ouvrages.1
Il n'était partisan que des index publiés à la tin des textes déjà traduits et des références
données par les traducteurs à d'autres textes étudiés également par eux. Lui-même, il avait
consacré ses anciens registres commerciaux à de semblables index, fort riches, et dans les-
quels se trouvaient de nombreux renvois à tous les textes connus de lui et contenant chacun
,des mots visés. Aucune traduction n'accompagnait ces renvois. Mais il supposait toujours
-que les textes devaient être isolément traduits en entier pour préciser le sens du mot. Dans
les conseils qu'il donnait aux jeunes égyptologiques, il y avait toujours celui de se faire son
propre dictionnaire par des procédés analogues. Chabas reprochait à Brugsch d'avoir pris
une autre méthode et d'avoir fait son dictionnaire à l'aide de textes non traduits sérieuse-
ment par lui : ce qui, par des rapprochements coptes ou autres, lui faisait supposer des sens
qui en réalité n'existaient pas. Je dois dire que ce reproche était souvent fondé, pour les
petites monographies verbales de Brugsch, comme pour les études analogues de Lepage
Renouf, etc. J'ai bien souvent constaté, en effet, que ces auteurs n'avaient même pas cherché
:à traduire sérieusement le contexte de beaucoup d'exemples cités par eux. Us s'étaient seule-
ment attachés au mot : et le mot isolé ne signifie rien.

Tous les mots que Brugsch a empruntés ainsi, dans son dictionnaire, au papyrus de
Leide, contenant «Les entretiens philosophiques de la chatte éthiopienne et du petit chacal
Koufi», ont une autre valeur que celui qu'il leur attribue. Je me bornerai à en citer un,
le mot xen.fi> dans lequel, à cause du déterminatif, il a vu une espèce de poisson et qui signifie
«écailles de poisson». On n'en finirait pas si l'on voulait citer tous les cas de ce genre, soit
en démotique, soit en hiéroglyphes ou en hiératique.

Que faut-il conclure de là?

Certains égyptologues, Guieysse par exemple, pensent qu'un petit lexique — n'importe
lequel2 — même l'abrégé sans renvoi de Pierret peut suffire.

D'autres, et c'est probablement ce qui a ému les Académies allemandes, veulent re-
manier absolument les lexiques antérieurs et faire une œuvre définitive.

Une œuvre définitive, peut-on la faire et est-ce à certaines académies nationales qu'il
appartient de la faire? Telle est la double question qui se pose à nous.

1 Ce n'est certes pas à moi qu'il .appartient d'approuver complètement cette opinion outrancière de
Chabas, puisque je vais publier incessamment un dictionnaire démotique. Mais c'est là une œuvre privée
dont je prends moi-même la responsabilité.

2 Je recommande celui de Lévi auquel j'ai fait donner le grand prix royal de l'Académie des Lincei.
Il peut absolument suffire pour les hiéroglyphes. Pour le démotique, rien n'est fait encore. Mais je com-
blerai bientôt cette lacune.
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