Revue égyptologique — 13.1911

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Essai sue la vocalisation hébraïque.

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ESSAI SUE LA VOCALISATION HÉBBAÏQUE.

pae

Eugène Revillout.

Un même esprit des racines identiques se retrouvent au fond de l'hébreu, du samari-
tain, du syriaque, du mandaïte, de l'arabe, de l'éthiopien. Et pourtant ces diverses langues
ne sont pas de simples dialectes. Chacune d'entre elles a sa physionomie qui lui est propre
et qui la distingue absolument des langues-sœurs. Cette physionomie, elle la tient presque
exclusivement du système de vocalisation qui lui est appliqué. De là, ses formes verbales
ou autres, sa syntaxe, si elle en a, sa pauvreté ou sa richesse. Le samaritain sans voyelles
est, pour ainsi dire, une ébauche, tandis que l'arabe littéraire doit sa fécondité extrême, sa
variété, son élégance à l'emploi savant de ses trois voyelles et de ses trois consonnes débiles
devenues lettres de prolongation.

L'arabe est la seule des langues sémitiques qui ait une syntaxe à proprement parler,
parce qu'elle est la seule qui possède des déclinaisons pour ses substantifs, et pour ses
verbes des modes définis, des indicatifs, des subjonctifs, des conditionnels.1 Ainsi pouvaient
être fixés de la manière la plus complète les rapports réciproques des mots, des propositions
et des phrases, rapports dont la législation forme ce qu'on nomme une syntaxe. Eh bien,
en arabe, les trois cas des déclinaisons, nominatif, génitif, accusatif, se forment par l'ad-
jonction simple des trois voyelles fondamentales; la transformation de l'indicatif en subjonctif
ou conditionnel s'opère par le changement d'une voyelle pour une autre, ou sa suppression
par un djesma.

Là ne se borne pas l'influence qu'a eue chez les Arabes le système adopté pour voca-
liser les consonnes communes aux langues sémitiques, les conjugaisons irrégulières n'auraient
plus de formes inconnaissables, la grammaire arabe serait un chaos, et l'on ne pourrait en
sortir, si l'on n'avait pour se guider la connaissance de son euphonie particulière.

Les règles de cette euphonie, déjà entrevues en partie par les grammairiens arabes
eux-mêmes, ont été admirablement mises en lumière par Sylvestre de Sacy. Les travaux
de ce savant illustre ont été une révélation. On a vu que les anomalies les plus étranges
en apparence, dans les conjugaisons les plus irrégulières, s'expliquaient tout naturellement
par quelques grands principes de vocalisation et de transformations littérales connexes, prin-
cipes qui ne s'appliquaient pas seulement aux conjugaisons, mais à tout l'ensemble de la
langue arabe.

1 On ne parlait guère alors (et avec bien (les doutes encore exprimées par Kenan) des langues de
Babylone et do Ninive, écrites en cunéiformes, et dont les trois voyelles fondamentales, employées pour
les déclinaisons et les conjugaisons, ainsi que l'ensemble de sa syntaxe, se rapprochent tant de ce que
nous trouvons dans l'arabe littéraire. Les usages juridiques relatifs à la famille, à l'hérédité, à la propriété,
qu'on retrouve dans le caillou de Michaux et dans d'autres documents du même genre, font également
penser au monde arabe. D'autres, en plus grand nombre, sont plutôt comparable à ceux de la Phénicie,
nommée par les Assyro-Chaldéens «le pays d'arriéré», et à laquelle se rapportent aussi de nombreuses
souscriptions alphabétiques à des contrats écrits en cunéiformes. Il y a là pour les origines un problème
à étudier. (Note surajoutée.)
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