L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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JEAN-BAPTISTE ISABEY

Nous cherchons, à l'aide des documents qui existent, de ceux qu'il a fournis lui-même et de nos
propres souvenirs, à remettre en lumière un artiste distingué, Isabey, dessinateur, miniaturiste, qui
mérite de n'être pas oublié. Sans avoir la touche spirituelle et fine de Hall et l'énergie de Guérin, pei-
gnant la belle tète de Kléber qui se voit au Louvre, il possède des qualités brillantes et réelles : son
pinceau a de la légèreté, de l'aisance, des grâces vaporeuses; sa composition est un peu maniérée, selon
le goût de son temps; mais sa couleur est fine, transparente, quoique trop chargée de tons rosés.

En repassant sa vie et ses œuvres, sa vie surtout, on se prend à regretter qu'Isabey ne soit pas
né quelque vingt ans plus tôt ; il eût été, par excellence, le peintre des fêtes galantes et des
boudoirs; il nous eût laissé avec poudre, pompons et mouches, gaze et dentelles, une précieuse
galerie des femmes qui charmèrent et déshonorèrent la Régence et le règne de Louis XV. Toute
sa vie penche de ce côté, non par mauvaises mœurs, mais par goût pour les futilités agréables et par
insouciance. Jusqu'à la fin de sa longue carrière il a recherché les fêtes des cours, les élégances des
salons aristocratiques ; il les aimait comme l'alouette aime le soleil. -Dans ce milieu doré, il portait
toute sorte d'entrain, de bonne humeur et de jeunesse, car toujours il fut jeune. Malheureusement, il
prit trop le rôle d'amusant, charge qu'il est difficile de concilier avec l'indépendance et la dignité
de caractère.

Jean-Baptiste Isabey naquit à Nancy le n avril 1767. Son père était un simple paysan, au dire
des uns, un maître d'école au dire des autres, de cette race sobre et hardie qui peuple la Franche-
Comté. Il vint se fixer dans la capitale, alors fort brillante, de la Lorraine ; il y avait établi un petit
commerce : il prospéra. Il eut beaucoup d'enfants, deux seulement atteignirent âge d'homme et
reçurent une certaine éducation. Il destinait l'aîné à la peinture, le cadet à la musique; la vocation
prit un malin plaisir à contrarier ce plan; elle intervertit les rôles assignés : Louis fut un musicien,
Jean-Baptiste un peintre. A quatorze ans, Louis vint à Paris se faire entendre aux concerts spirituels
et obtint un succès dont les gazettes s'entretinrent. Plus tard, il devint premier violon d'Alexandre,
empereur de Russie, et ne rentra en France qu'en 1813; mais ses premières années se trouvèrent
naturellement mêlées à celles de son cadet, et nous les retrouverons ensemble, une fois au moins,
dans une circonstance grave et périlleuse.

A Nancy, Jean-Baptiste eut pour premiers maîtres deux artistes lorrains d'un certain mérite .
Girardet, peintre d'histoire, et le paysagiste Claudet. Isabey avait à peine seize ans lorsque ce
dernier crut pouvoir lui confier la direction des travaux décoratifs de la salle de spectacle de
la ville. Le jeune peintre, se sentant destiné à atteindre plus haut, désirait vivement aller à
Paris. Son père résistait, une amourette décida tout; la famille, redoutant la vengeance d'un rival
titré, se hâta de faire partir l'enfant.

Il quitta Nancy le 16 janvier 1785, prit le coche, et tel était l'état des routes et la lenteur de
l'équipage qu'il ne fit que le 24 son entrée à Paris. Pour tout pécule, il n'avait emporté que
cinq louis et quelques lettres d'introduction. A la descente du coche, un fiacre le prit et le
conduisit rue Cassette, à l'hôtel du comte d'Helemstadt, qui lui avait promis sa protection. Elle se
borna, à peu près, à l'abandon d'un pauvre petit réduit dans les communs. Mais l'enfant n'était point
à se laisser décourager. Il aurait voulu entrer dans l'atelier de David ; malheureusement celui-ci
venait de partir pour Rome avec Drouais, son élève bien-aimé. Ce contre-temps l'engagea à
prendre un autre parti.

« J'étais porteur, a-t-il écrit, d'une lettre de recommandation pour Dumont, mon compatriote,
premier peintre en miniature de la reine. Je me rendis chez lui. Il habitait un bel appartement où tout
respirait le luxe. Je le trouvai enveloppé dans une robe de chambre bleue et or, coiffé à l'oiseau royal.
Sa froideur me déconcerta. Il me dit : « Je connais un atelier de modèles que je visite quelquefois le
« matin; si vous le désirez, je vous recommanderai à la personne chargée de recevoir. »

« J'acceptai faute de mieux. Mais, tout en travaillant pour l'art, il fallait vivre et payer les frais
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