L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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242 L'ART.

« Corot! ah! oui, celui qui fait toujours danser les mêmes nymphes dans le môme paysage! »

Courbet n'a rien compris aux réalités de Corot, assaisonnées d'une imagination qu'il n'a jamais
eue, de même que l'Institut n'a rien voulu comprendre à la poésie ni au style de Corot, trouvés en
dehors des moules convenus. Le plus étonnant dans tout cela, c'est l'aveuglement de l'Institut.
Comment ne pas voir que dans le paysage, — ce genre réaliste par excellence, — Corot était resté le
seul peintre qui représentât encore le culte de l'idéal? Et surtout comment ne pas réfléchir que, le
paysage étant devenu le plus florissant des genres contemporains, le seul où l'art moderne pût se
vanter de l'emporter sur les âges antérieurs, Corot, son maître le plus populaire, était devenu une
conquête plus nécessaire à l'Institut que celle de n'importe quel peintre religieux ou historique? Mais
non. L'Institut n'a pas plus compris l'époque que le peintre. Il en sera quitte pour mettre un de ces

Souvenir d'Italik.
Eau-forte par Corot, exposée en 1865; dessin de A. Rotuut.

jours le buste de Corot dans le local de ses séances, en le décorant de cette inscription piteuse qu'on
a déjà dû apposer, en guise de meâ culpâ, au buste de Molière :

Rien ne manque à sa gloire : il manquait à la nôtre !

. Passons vite.

Refaire la biographie de Corot, à quoi bon? Depuis quinze jours elle est dans toutes les bouches,
et l'on commence à en savoir par cœur les moindres détails, — depuis sa naissance en 1796 et les
petits tracas qu'il eut à subir de sa famille qui le destinait au commerce, — jusqu'à son entrée dans
l'atelier Michallon. Je m'arrête un instant ici. Il est toujours curieux de connaître les commencements
d'un grand artiste comme de remonter à la source d'un fleuve. Corot, entrant chez Michallon, com-
mençait son apprentissage à une époque où le paysage historique sévissait encore dans toute sa
rigueur. Comme en littérature, on n'y parlait que le style noble; point de rivières, des torrents-
point de maisons, des temples grecs; point de paysans, des pasteurs et des nymphes; point d'arbres
familiers même, point de simples ormes et de vulgaires bouleaux; des cèdres et des palmiers, à la
bonne heure! Michallon mort, Corot alla continuer cette belle éducation chez Bertin, maître de
Michallon, un peu plus arriéré que son élève qui avait une certaine tendance aux nouveautés et un
certain respect de la nature. Chez Bertin comme chez tous les maîtres classiques du premier Empire,
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