L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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COROT. 271

« Voici, dit le Dante, une panthère très-agile et très-vive qui ne s'écartait pas de devant moi. Un
lion m'apparut ; il semblait venir à moi avec la tête haute et une faim si pleine de rage que l'air me
paraissait en frémir. — Puis je vis une louve qui, dans sa maigreur, paraissait chargée de tous les
désirs. Elle me donna tant d'engourdissement par la terreur qu'elle lançait de ses prunelles, que je
perdis l'espérance de gravir la colline. » Voilà évidemment une façon terrible de traduire un pur
symbole et de dire que l'ambition (la panthère), l'orgueil (le lion) et la luxure (la louve) ferment à
l'homme le chemin du salut. La toile de Corot n'est pas moins formidable que les vers du Dante.
L'air frémit véritablement au passage de son lion hagard et hérissé. La louve est hideuse; c'est le

mouvement, admirablement saisi, de la bête féroce et lâche qui avance et recule en même temps. La
panthère, énorme, est peut-être incorrecte; mais elle rampe si bien et s'i furieusement, prête à
s'élancer! Et le plus effrayant c'est le paysage, bien digne de servir d'introduction à l'enfer, avec ses
arbres noirs qui se tordent comme des couleuvres, et laissent pendre çà et là d'énormes rameaux qui
semblent avoir été arrachés par la foudre.

A la même exposition figurait le Macbeth, pour le moins aussi réussi dans le sinistre. Autre forêt:
Macbeth et son compagnon, tous deux à cheval, en sortent, mais ils sont encore dans son ombre. Sur
la lisière du bois les deux chevaux, — avec cet instinct que les anciens prêtaient à la brute et à
l'insensé,— se sont arrêtés court : les trois sorcières leur apparaissent ! Trois silhouettes noires sur le
crépuscule blême. Un bras tendu sort du groupe, une aigrette bizarre se dresse sur l'une des têtes;
ces seuls détails leur donnent, du plus loin qu'on les voit, une apparence diabolique. — Peut-être ce
tableau est-il plus encore réalisé que le précédent. On y trouve à la fois les profondeurs de la réalité,
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