L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LA CARICATURE ANGLAISE CONTEMPORAINE. 295

méchante. Les caricatures ne sont dangereuses qu'à la condition d'avoir beaucoup de sel et beau-
coup d'esprit, d'être toujours très-claires et très-intelligibles, de présenter avec malice les épi-
sodes de la vie humaine dans ce que la vie humaine a de risible, d'exciter le rire en épuisant toutes
les formes de la gaieté. Or la plupart des caricatures anglaises, comme l'a remarqué Philarète
Chasles, n'offrent que des déclamations violentes et des parodies sans valeur ; les détails s'accu-
mulent et blessent le regard; les accessoires étouffent le sujet, et leur multitude distrait l'atten-
tion. L'œil se fatigue de ces nuances multipliées qui, toutes, ont un rôle accentué et une signi-
fication satirique. Chaque pli de draperie accuse une intention de l'auteur et le chien qui emporte
un os devient une moralité. Tel est l'excès, tel est l'écueil de ce puritanisme dans l'art, âpre
révolte contre l'idéal et le type du beau.

Est-ce à dire toutefois que les satiriques du crayon en Angleterre manquent de goût et de
mesure, que leurs dessins ne sont que des charges grossières ou d'obscures moralités, que leurs
plaisanteries ne s'exercent que sur les personnes et non sur les
mœurs en général, enfin que les artistes de notre pays possèdent
sur ceux de la Grande-Bretagne une supériorité hors de conteste?
Nous sommes loin d'avoir pareille pensée. Un écrivain dont l'opi-
nion doit faire autorité dans un tel sujet, M. Champfleury, trouve
au contraire que la France a méconnu jusqu'ici le principe de la
caricature et que si un peuple l'a entièrement compris, c'est le
peuple anglais. « L'esprit français, dit-il, si vif, si malicieux, semble
craindre la satire, les inconvénients de la personnalié et ses dures
conséquences. Il a fallu que les Allemands et surtout les Anglais
nous apprissent à voir et à ne pas regimber contre le grotesque.
Ces peuples réfléchis, protestants (il ne faut pas l'oublier), durent à
leurs principes religieux une faculté d'analyse qui, entrant peu à peu Le roi George et sa femme,
dans l'esprit français, fera germer plus tard de précieuses récoltes. Par Gillray.

John Bull, pesant mais réfléchi, s'il n'a pas notre légère spontanéité,

creuse un sillon profond lorsqu'il se môle de railler, et sa grosse plaisanterie, qu'elle soit arrosée
d'ale ou de porter, vaut bien celle issue du vin de Champagne. »

Actuellement la caricature politique et sociale est représentée à Londres par le Punch (le

Polichinelle), spirituel journal hebdomadaire que tout le monde
connaît et qui tient chez nos voisins la place qu'a le Charivari en
France. Depuis trente ans, les plus célèbres dessinateurs contem-
porains, Cruickshank, Leech, Richard Doyle, Tenniel, Harrisson
Weir, etc., lui ont prêté le concours de leur fin crayon.

Continuateur de James Gillray, George Cruickshank a cher-
ché, dans ce domaine de l'art septentrional, diamétralement opposé
à la théorie du beau, la diversité des caractères, la profondeur
et la variété humouristique des traits, l'empreinte des singularités
humaines poussée parfois jusqu'à la charge. Jeune encore, tandis
qu'il essayait de peindre des décors pour le théâtre de Drury-
Lane, il annonçait la pente de sa nature et de son talent. Hazlitt
prétendait qu'il mettait toujours dans un vieux chêne un nez
de polichinelle, et que jamais il n'avait créé un palais de roi
L'Affabilité royale, sans introduire dans les lignes des plus majestueuses colonnades

Par Gillray. le x^S\aS favori et le caprice peu architectural de ses carica-

tures. Son père, Isaac Cruickshank, d'origine écossaise, était
graveur sur cuivre, et composait aussi des caricatures dont plusieurs ont de la valeur : il avait
voulu faire étudier à son fils la peinture académique et l'avait en conséquence placé chez Fuseli,
membre de l'Académie de peinture de Londres. Mais le futur caricaturiste s'esquivait furti-
vement de l'atelier pour aller à Billings'gate étudier la physionomie des matelots et des vieilles
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