La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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28 février.

1922.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

Si nous abordons ici le problème de « l'heure
d’été », ce n’est certes pas pour prendre
parti entre les ruraux et les citadins, qui,
parait-il, ne sont pas d’accord à ce sujet,
mais c’est parce que nous considérons qu’il s’agit
d’une question d’art par plus d’un côté. Et tout
d’abord à un point de vue très général, qui pré-
vaut de plus en plus — et combien heureuse-
ment — dans la conception que l’on se fait de
l’art, lequel ne saurait être séparé de la vie la
plus journalière, voire la moins idéale. En fait,
l’art est la vie même; c’est une vérité qui fut trop
longtemps méconnue.

Et si l’on considère l’intérêt des individus, on
aperçoit bien vite que la durée plus longue des
heures de jour est entièrement favorable aux
préoccupations artistiques, que les professionnels
ont ainsi l’occasion de travailler davantage, que
les amateurs peuvent s’initier à la pratique des
arts ou s’y perfectionner en dehors de leurs habi-
tuelles fonctions; que les uns et les autres, et la
population entière, se trouvent à même de jouir
des beautés de la nature et de la splendeur des
journées à leur déclin.

Enfin une amélioration marquée du goût public
pourrait ressortir d’un meilleur usage des heures
de loisir, réglées désormais par la lumière natu-
relle et de plus en plus consacrées aux occupa-
tions intellectuelles ou travaux de plein air: du
moins serait-il à souhaiter qu’il en fût ainsi. Ce
sont les longues soirées qui engendrent les abus
du dancing et du cinéma, auxquels n’échappent
plus les campagnes; sans vouloir le moins du
monde proscrire ces modes de plaisir ou de délas-
sement, on peut désirer qu’ils exercent une moins
lourde tyrannie, qu’ils laissent place tout au
moins à d’autres moyens d’action ou de repos.
Comment préférer au jour triomphant les salles
étouffantes, les poussières et les cohues ?

Que les sports, que l’économie politique se
rencontrent en leurs desiderata pour l’adoption
définitive de l’heure d’été, c’est l’argument com-
mun que l’on fait valoir en sa faveur. Nous n’en
méconnaissons pas la force et la valeur; encore
convient-il de voir plus loin. Le point de vue
strictement matériel du charbon à ménager est
bien secondaire au regard des avantages considé-
rables que réaliseront les artistes, en possession
d’étudier, de produire plus, et par suite d’accroî-
tre- le prestige de l’art français. Comment, en
présence de pareilles conséquences, d’obscures
combinaisons de favoritisme électoral et de parti-
cularisme rural pourraient-elles encore prévaloir?

Une fois l’heure d’été adoptée, on devrait se
préoccuper de l’emploi du temps ainsi récupéré,
peut-on dire. Non pas qu’il.faille réglementer et
obliger; une conquête sur l’esprit de routine ne
saurait aboutir à une aggravation du mandarinat.
Toutefois, on pourra envisager de nouvelles
répartitions des heures d’ouverture des collections
publiques, des bibliothèques, des cours, des expo-
sitions que de nombreuses classes de la population
ne peuvent actuellement fréquenter, une organi-
sation meilleure des transports en commun et de
bien d’autres conditions d’existence. Et c’est alors
que la réforme, contre laquelle ne s’élève qu’une
minorité infime, apparaîtra dans toute son am-
pleur et comme un grand bienfait, avec ses consé-
quences infinies.

Parmi les conséquences, il en est une que l’on
peut apercevoir, à tout le moins souhaiter: c’est
l’extension de l'enseignement des arts du dessin
en présence de la nature, seule inspiratrice véri-
table. Disposant de plus longues journées ou
seulement d’heures en quelque sorte.supplémen-
taires, il deviendra possible d’organiser cet ensei-
gnement qui n’existe pas même à l’état rudimen-
taire et dont on doit attendre cependant les plus
hautes satisfactions : le renouvellement de notre
matériel décoratif, de notre vision, de nos con-
cepts plastiques et graphiques.
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