La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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31 mars.

. — 1922.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

ait à peine croyable, l’heure dite d’été,
dont nous parlions récemment ici même,

; tant ce problème nous paraissait digne de
figurer parmi les questions d'art actuelles,
l’heure d’été n’a pas trouvé grâce devant la
Chambre. Il est vrai que, satisfaite d’une ma-
nœuvre d’ordre purement électoral, elle a cédé
ensuite aux objurgations du gouvernement et
adopté pour cette année-ci, l’heure qu’un accord
quasi-unanime, et le vœu des économistes, et le
sentiment des nécessités sociales devraient,
semble-t-il, imposer sans discussion. Et cette
solution provisoire apparait du moins comme
réservant la possibilité d'une mesure définitive
qu’il convient de préparer dès maintenant.

Il convient d’insister, de préconiser un examen
d’ensemble grâce auquel il n’y aurait pas de temps
perdu une fois l’heure d’été définitivement ins-
tituée. Tous ceux qui en bénificieront ne pour-
ront se livrer à l’horticulture ou aux sports de plein
air, et même pour les heureux détenteurs de jar-
dins il y aura des saisons peu propices aux tra-
vaux extérieurs. N’est-ce pas là une occasion
infiniment précieuse de développer, en leur faveur
— ils seront légion — les moyens d’étude de
toute nature, de perfectionner la culture moyenne ?

On a bien souvent parlé des musées du soir,
et les tentatives faites n’ont guère donné de ré-
sultats. C’est qu’il s’agissait de la soirée, et des
moments consacrés à la vie de famille, aux pré-
occupations du foyer. Beaucoup, après une jour-
née remplie, ne se soucient guère de resortir.
Mais si l’occasion s’offre, en quittant le bureau
ou l'atelier, de passer une heure ou deux au mu-
sée, à la bibliothèque, aux cours les plus divers,
les difficultés seront presque nulies et on voit de
quel immense profit sera la réforme espérée.

Les musées, sont inconnus de nombreux
citoyens, qui auraient, cependant, le droit d’en

jouir. C’est fâcheux au point de vue de la for-
mation générale des esprits, et c’est déplorable
quant à la préparation technique (dans toutes les
professions d’art notamment), quant à l’éclosion
et au perfectionnement du goût, quant à la dif-
fusion des principes essentiels de l’art. Le musée
n’atteindra son but, n’aura sa complète utilité, sa
justification même, diront certains, que lorsqu’il
sera institution de constant enseignement, ouverte
toute grande avec l’appareil voulu de solides
et judicieux commentateurs et de publications
accessibles au plus grand nombre. Le musée
fermé à 19 et même 20 heures, c’est à.quoi il
faut songer dès à présent.

Les expositions suivront la même voie. Et
pour les bibliothèques, on ne peut que désirer
qu’il en soit également ainsi ; leurs richesses sont
celées à d’innombrables catégories de travailleurs,
sans parler des étudiants, des érudits qui ne
seront point fâchés de pouvoir y fréquenter plus
longuement ou à d’autres heures. Ce sera un très
grand progrès si les séances se prolongent au
moins jusqu’à la nuit.

Et il est si probable que ces mesures rencon-
treront une faveur universelle, qu’elles devront
avoir pour corrolaire l’établissement de l’éclairage
artificiel, dont'nos institutions publiques (souvent
en théorie plus qu’en fait) sont à peu près les
seules en Europe à ne pas bénéficier.

Il va sans dire que, sans parler de la question
« sécurité », le côté financier de la réforme ré-
clame une attention sévère. Elle heurtera, du
reste-, tant d’habitudes routinières; qu’on dressera
très probablement la question budgétaire comme
un épouvantail — et il faudra rappeler sans
doute à beaucoup de fonctionnaires qu’ils sont là
pour les collections et pour que le public puisse
en tirer profit ! Les difficultés, inévitables, s’apla-
niront forcément, tant les conséquences seront
vastes d’une mise à la portée de tous, complète
et générale, d’établissements de trop restreint
usage aujourd’hui.
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