La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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N° 18. — 1922.

BUREAUX! I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

15-30 novembre.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : i franc

PROPOS DU JOUR

L’exposition coloniale de Marseille ferme
ses portes. Non sans regret, on songe à
tout ce décor de quelques mois dont il
ne restera rien, à cette pagode d’Angkor
qui va disparaître. N’est-ce pas le moment de se
demander si la survie ne s’impose pas, sur place
ou dans un lieu plus fréquenté, de ces moulages,
de ces copies parfois vouées, en ces temps
d’outrancière destruction, au rôle de témoins
éternels et d’uniques vestiges?

Par ailleurs, à Strasbourg, d’autres moulages
moins imposants viennent de nous être montrés,
évoquant nos siècles classiques et appelant,
semble-t-il, des voisins ou des aînés. Ailleurs
encore, sous les combles du Louvre, sous les
toits des Invalides, des citadelles flottantes et
des forteresses désuètes sollicitent la curiosité
d’un trop rare public. Çà et là, à Paris et en
province, des musées, des monuments abritent
des maquettes éparses. On en voit d’autres
dans les ateliers, aux ventes, dans les bureaux
de nos grands établissements nationaux. Et
cette dispersion, mère de tant de risques, afflige
ou surprend : et, à y réfléchir, on hésite à
désigner une ville, une galerie susceptibles de
tout réunir. Quelle vivante leçon pourtant qu’un
tel ensemble, et quelles comparaisons fruc-
tueuses au cours de cette visite souhaitée, loin
des atlas et des plans, papiers morts et sans relief!

On pense à la Rome de Bigot, au Vingt-
millième du front français, aux éléments d’infor-
mation qu’espèrent nos urbanistes. On se
remémore les vitrines des expositions universelles,
leurs cités-miniatures et leurs ports où nagent
des paquebots de Lilliput, les projets de jardins
présentés aux Salons. Qui ne voudrait, d’un
coup d’œil, parcourir ce musée dont on s’étonne
qu’il soit encore à naître ? Sans doute, il y a le
Trocadéro, ses morceaux de cathédrales, son

Angkor même infiniment réduit. Il faudrait
mieux et mieux ordonné, à l’usage de quiconque
veut voir, architectes, étudiants, curieux, à la
portée du technicien et du passant. Du palais de
Minos à nos palais de cristal, des pagodes aux
cathédrales, il serait aisé de montrer l’évolution
de l’art de bâtir, en usant d’une échelle appropriée
assez réduite pour éviter l’encombrement, suffi-
sante néanmoins pour que n’échappe aucun
détail. Il n’est pas impossible de joindre à ces
modèles des moulages pris sur les œuvres mêmes,
colonnes, chapiteaux, frises, coupes de piliers
et de voûtes, escaliers et rampes, corniches et
balcons. La couleur, à l’occasion, compléterait
ces maquettes ; la figurine humaine, toujours, en
expliquerait les dimensions. Où loger ce Troca-
déro de l’architecture, naturellement encombrant,
quand déjà est si encombré le Musée de sculpture
comparée ? On proposera peut-être un musée
spécial, à construire sur les terrains des fortifi-
cations ; d’autres songeront apparemment à utiliser
quelque édifice existant, une caserne par exemple.
Cette question d’emplacement est primordiale,
et la défunte Galerie des Machines ne sera jamais
assez pleurée : mais il est douteux que nos res-
sources actuelles, même accrues de la contribution
d’étrangers directement intéressés à des études
comparatives, nous permettent de si tôt la dépense
d’une maison neuve.

Et ces démolitions dedécorspassagersimposent
encore d’autres regrets, d’autres projets au visi-
teur du Salon d’automne qui examine l’œuvre
d’un René Binet. Où est la Parisienne de 1900 ?
Où sont les palais des Nations, les galeries de
Formigé ? De notre temps, le mouvement,
le provisoire font loi. Nous ignorons encore si
la Fête nationale de 1919 a vraiment clos une
période de nos destins: et déjà, de ce jour de
gloire, il ne reste que des clichés. Musée des
maquettes, musée des fêtes, musées du décor
théâtral et de l’art urbain, quels beaux et utiles
rêves pour nous !
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