La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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30 avril.

N" 8. — 1922. BURrAUX : 106, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : i franc

PROPOS DU JOUR

Un congrès vient d’avoir lieu à Paris, le
premier sans doute d’une longue et
fructueuse série : le congrès du ciné-
matographe dans l’enseignement. Or-
ganisé par la Société française de l’art à l’école,
complété par une remarquable exposition d’appa-
reils et de matériel, il a obtenu un réel succès et les
travaux de ses trois sections fourniront une con-
tribution importante aux conceptions pédagogiques
modernes, Il apparaît, en effet, que le « ciné-
ma », d’un emploi encore restreint dans les divers
degrés de l’enseignement, en constituera, bien-
tôt, l’un des éléments essentiels ; on peut supposer
même qu’en plus d’un cas il sera le seul moyen
employé-, au détriment du livre même.

Au point de vue scientifique, les possibilités
cinématographiques, dès longtemps envisagées,
sont indéfinies. Mais l’éducation artistique aussi
— fait beaucoup plus imprévu —- bénéficie déjà
de l’admirable invention à l’origine de laquelle
brillent les noms de Marcey et de Lumière. La
leçon de dessin pourra se donner à l’aide des
projections animées, et l’on remplacera ainsi,
avec quel avantage (la méthode est de M. l’ins-
pecteur Adrien Bruneau), le plâtre suranné,
morne, déformé, de même que le modèle dit
vivant, bien qu’il pose immobile et figé. Grâce à
des dispositifs nouveaux, la'projection du même
sujet se répétera aussi fréquemment qu’il le fau-
dra, elle se transformera au besoin en projection
fixe, et enfin, grâce à 1’ « ultracinéma » de M.
Noguès, plus communément appelé « ralenti »,
et qui est un perfectionnement merveilleux, les
mouvements pourront être étudiés dans toutes
leurs phases, désormais apparentes et aisément
analysables. L’élève saisira le mécanisme des
gestes, des attitudes, des allures qu’il ne con-
naissait que superficiellement jusqu’ici ; et comme,
à ce mode d’enseigner, peuvent s’ajouter les

notions anatomiques, cinématiquement démon-
trées, l’enseignement paraît destiné à subir de
profondes modifications. La mémoire, mal édu-
quée avec les méthodes actuelles, deviendra un
facteur important d’initiation : c’est à elle, cela
va sans dire, que le cinéma s’adresse tout d’abord ;
par la succession rapide des images, il l’oblige à
emmagasiner des formes dont la répétition, et au
besoin la fixité, permettront de perfectionner le
tracé graphique.

Le cinéma est appelé à rendre de non moins
grands services à l’histoire de l’art. Ici la pro-
jection ordinaire est d’usage courant et sem-
blerait d’abord suffire pour les sites, les édifices,
les œuvres plastiques. L’intervention du mou-
vement est, au contraire, souhaitable; on pourra
de la sorte multiplier les points de vue pour les
paysages, tourner autour des monuments, varier
les effets d’éclairage, l’éloignement, l’angle de
vision, l’échelle et la perspective.

Voici encore l’enseignement technique, qui,
par la mise en films des gestes professionnels,
gagnera à utiliser le cinéma : films à deux fins,
peut-on dire, l’une pour l’enseignement du des-
sin, l’autre pour la connaissance plus intime du
travail et de la matière. Sous ce rapport, le ci-
'néma présente encore un avantage ; c’est son
utilisation en vue de l’orientation professionnelle
des jeunes gens dont le congrès, qui lui avait
consacré une section, a déterminé les rapports
étroits qu’elle devait avoir avec l’écran.

D’autres points pourraient être envisagés.
Ainsi l’étude de la flore et de la faune pour les
arts appliqués, qui n’en connaissent que les for-
mes courantes et ignorent tout le parti décoratif
à tirer des phénomènes biologiques ou de l’exa-
men des infiniment petits.

Le congrès a condamné lés reconstitutions his-
toriques. On sait trop ce que valent certaines
« Jeanne d’Arc », tels « Napoléon » ou autres
spectacles analogues trop souvent susceptibles de
fairetortàun instrument d’éducation merveilleux.
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