La chronique des arts et de la curiosité — 1922

Page: 121
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/cac1922/0133
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
N° 16. — 1922.

BUREAUX: I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

15 octobre.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

SUPPLÉMENT A LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Les abonnés à la Gazette des Beaux-Arts reçoivent gratuitement la Chronique des Arts et de la Curiosité

Prix de l’abonnement pour un an:

Paris et Départements: 20 fr. — Étranger: 22 fr.

Le Numéro : x franc

PROPOS DU JOUR

Une question extrêmement grave, qui
peut-être sera résolue lorsque paraîtront
ces lignes, préoccupe tous ceux qui ont
à cœur l’avenir de l'art français. Il est
à présumer, cependant, que nos observations gar-
deront leur valeur et aideront à la réforme indis-
pensable de l’établissement visé.

Nous voulons parler de l’Ecole des Beaux-
Arts. Le décès de Léon Bonnat, dont la person-
nalité était entourée de tant de sympathies,
laisse — ou laissait — vacant le siège directorial,
qui semble un peu l’apanage de vétérans, alors
qu’on voudrait le voir occupé par un homme
jeune ou, du moins, plein d’enthousiasme juvé-
nile, d’esprit réformateur et de vigueur de réali-
sation. Et, en tous cas, nul ne peut différer d'avis
sur l’introduction à l’École de méthodes mo-
dernes succédant au formulaire suranné, et d’un
personnel capable de les appliquer; c’est ici, tou-
tefois, que les difficultés se présentent.

Qu’est-ce que la direction d’une grande école
d’art? Une retraite pour quelque maître fatigué
ou une fon;tion agissante, conférant au titulaire
une véritable mission, un apostolat? A en juger
par les précédents, c’est le premier concept qui
prévaut, et l’on peut considérer le rôle du direc-
teur comme totalement nul au point de vue de la
formation artistique générale, qui seule devrait
importer. Tout au plus le voit-on sous les espè-
ces d’un conservateur veillant à l’honnête et
médiocre marche de la machine et ne lui tolérant
aucun écart. Mais alors à quoi bon un artiste ?
C’est un fonctionnaire qu’il faut. Au moins n’au-
rait-on plus cette illusion funeste que la présence
d’un artiste réagirait sur la valeur de l’enseigne-
ment et sur la qualité des productions. Un artiste,
même très secondaire, sera diminué s’il n’est plus-
qu’un gardien de règlements ; et si l’on compte sur
son prestige pour accroître celui de l’institution,
on voit assez rapidement combien le calcul est

incertain. Au surplus, la médiocrité du directeur
artiste appelle la médiocrité des professeurs,
lesquels n’auront d’autorité réelle qu’autant que
celui-ci en aura moins. L’estime des bureaux,
voire des cabinets ministériels, n’est pas forcé-
ment un brevet de valeur intellectuelle.

On imaginerait assez bien une sorte de prési-
dent avec des pouvoirs étendus de consultation
et d’appel parmi les compétences extérieures
véritables. 11 aurait la consigne formelle de mettre
un terme à des errements cacochymes ; comme il
serait presque étranger à l’art et à ses procédés,
qu’il n’aurait point été compromis peut-être dans
les luttes d’école et de tendances, il pourrait,
avec de la bonne volonté et se sentant soutenu
par le sentiment des artistes non fossilisés, faire
sortir un grand bien d’un état de choses à tout le
moins confus. Il aurait à s'évader du formalisme
qui tient lieu de doctrine, d’une tutelle plus
conforme au Codex qu’à la saine réalité.

La réalité ! On s’en croirait loin parfois à l’École
des Beaux-Arts! Et pourtant n’est-elle pas l’art
même ? Au lieu de rechercher de faciles effets
de rendu, une espèce de virtuosité sans àme ni
fécondité, on souhaiterait que la consultation
intelligente des vrais maîtres et la très large obser-
vation de la nature soient désormais les seules
règles. Foin des concours de loges, des program-
mes, qui n’aiguisent point les esprits et ont tant
nui, notamment, à notre architecture ! Le meilleur
directeur sera celui qui ouvrira très larges toutes
les portes et toutes les fenêtres. On découvrirait
plus aisément, croyons-nous, ce fonctionnaire-là
que l’artiste im| etcable contre lequel il y aura
toujours des coteries hostiles. Eût-il du génie et le
goût d’enseigner, et la compréhension vive des
nécessités du jour, il sera vite réduit à l’impuis-
sance et sa valeur personnelle même en souffrira.
Mieux vaut que. les artistes de cette importance
restent dans la coulisse, auprès du directeur, et
constituent un conseil très ouvert, très large
d’idées et de projets.
loading ...