La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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N° 19. — 1922.

BUREAUX: I06, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

15 décembre.

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Numéro : r franc

PROPOS DU JOUR

M Albert Besnard a un passé glorieux.

Sa nomination à la direction de
l’Ecole des Beaux-Arts ajoute peu
* à sa célébrité. Il est bien néan-
moins de voir à cette place un maître incon-
testable, et par surcroît l’évadé le plus notable de
l’enseignement traditionnel qu’il est appelé à
diriger désormais. Ainsi se terminent les révolu-
tions pour les esprits supérieurs, et ceci est déjà
une belle et grande leçon.

A un journaliste, le maître a répondu simple-
ment : « Je n’ai aucun projet, car j’ignore les
moyens d’action dont je disposerai. » Pour être
dénuée d’ardeur inconsidérée et juvénile, cette
réponse est excellente. On ne sait jamais ce que
l’on fera dans un poste avant de l’occuper. La
politique nous a au moins appris cela.

M. Besnard changera-t-il quelque-chose, et
quoi ? Dirons-nous que ce n’est point passion-
nant ? Que l’enseignement se fasse de telle ou
telle façon, il y manquera précisément ce que
l’élève seul peut y apporter. L’enseignement
scolaire est un moyen, non une fin. On apprend
à dessiner, à sculpter, à peindre, à composer. On
n’apprend guère à voir et pas du tout à sentir;
on ne se libère pas des défauts de l’esprit ou du
caractère. Si l’on y remédie, c’est par des soins
qui ne peuvent se donner â l’École et dont l’élève
doit être pourvu auparavant. L’École n’a pas la
prétention de ne produire que de grands artistes,
pas plus que les Facultés n’ont celle de ne former
que des savants, des poètes, des penseurs. Toutes
s’efforcent seulement à faire de bons ouvriers de
la pensée. Tout ce que peuvent les maîtres, c’est
mettre dans le bon chemin. Lorsque M. Besnard
aura fait profiter les élèves de son expérience et
de sa maîtrise, il aura accompli tout ce qu’il est
humainement possible à un maître de se proposer.
Et pourtant, il y a autre chose. Il est une vertu

essentielle que les anciens maîtres pratiquaient et
qui est indispensable maintenant : c’est la sollici-
tude envers les élèves pour tout ce qui concerne
les difficultés inquiétantes de la vie et les obstacles
au travail que mille détails apportent chaque
jour.

Les doyens des Facultés ont en termes émus
entretenu l’opinion de ce qui touche leurs admi-
nistrés respectifs et signalé le danger que l’âpreté
de l’existence actuelle présente pour le maintien
et le développement de la pensée française. Ce
danger existe, aussi grand et plus peut-être pour
les pauvres étudiants ès-arts, et nul n’a parlé pour
eux! Nous reviendrons sur leur misère, qui les
oblige à des besognes déprimantes, sur la con-
currence dangereuse que leur font les étrangers
favorisés par le change et dont regorgent les
académies en attendant qu’ils aillent en fonder
chez eux, sur l’avenir incertain, de plus en plus
précaire, qui s’ouvre devant nos jeunes gens.
Aujourd’hui, bornons-nous à signaler la survie,
à l’École même, de brimades qui empêchent les
jeunes élèves de travailler avec fruit durant des
semaines et quelquefois des mois. Ces pratiques
d’un autre âge ne sauraient plus être admises, les
eût-on supportées dans un temps où les nerfs
n’étaient pas harcelés et où les heures avaient
moins de prix. Cette première réforme, modeste
et facile sans doute, mais utile, doit forcer
l’attention d’un directeur.

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NOUVELLES

Musées

*** Le conseil des Musées nationaux a élu
président, en remplacement de feu Léon Bonnat,
notre collaborateur M. Raymond Kœchlin.

*** Au Louvre, les pastels de La Tour,
appartenant à l’École de dessin de Saint-
Quentin, sont maintenant installés dans deux
salles nouvelles, faisant suite à la collection Chau-
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