La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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ET DE LA CURIOSITE

y trouvera des détails biographiques précis, parfois
trop minutieux, des appréciations généralement équi-
tables et d’excellentes reproductions photographiques
d'œuvres souvent peu connues, quelquefois, il faut
l'avouer, peu dignes de l’être. Comment s’intéresser,
par exemple, sérieusement, à la danseuse « semi-
cubiste » du Suisse Auguste Heng (II, 91) ou « aux
femmes en deuil » d’Archipenko (II, 264)?

Ecrivant en Angleterre, l’auteur proteste contre le
dédain ou l’indifférence dont la sculpture est l’objet de
la part du public anglais et qui entrave son dévelop-
pement, malgré l’influence d’un artiste comme Stevens.
Les renseignements contenus dans les chap. 3 et 4
témoignent d’une connaissance directe et sérieuse des
procédés techniques de l’art; quant à l’esthétique de
M. K. P., elle est suffisamment large pour n’exclure
aucune œuvre présentant le sens de la vie et de la
beauté. Qu’il se méfie pourtant de certaines indulgen-
ces pour de simples fumisteries. Il y a des sévérités
nécessaires, si l’on ne veut pas contribuer à égarer le
goût du public, si facile à mystifier.

H. C.

Chandler Rathfon Post. — A history of European
and American sculpture from the early Chris-
tian period to the présent day. — Cambridge
(Etats-Unis), Harvard University press, 192 1. 2 vol.
in-8° de xvm-265 et xii-312 p., illustré.

La production américaine d’histoire de l’art est vrai-
ment remarquable par sa richesse, sa qualité et ses
tendances synthétiques. Nous signalons d’autre
part ( 1 ) un ouvrage- suggestif et documenté sur la
sculpture contemporaine dans les deux mondes. Voici,
maintenant une histoire générale de la sculpture euro-
péenne médiévale et moderne, -— due, chose curieuse,
à un professeur de grec de Harvard, — dont on citerait
difficilement la pareille soit en Amérique, soit en
Europe. C’est un manuel clair, bien informé, suffisam-
ment complet, d’une lecture agréable, animé d’un
esprit éclectique (parfois un peu trop) qui s’efforce de
comprendre et de faire goûter les formes les plus
diverses de l’art, richement illustré (notamment d’après
les œuvres conservées dans les collections américaines),
enfin pourvu de bons index et d’une copieuse biblio-
graphie. Que peut-on demander de plus? On se ferait
un scrupule de critiquer la place un peu large faite aux
statuaires américains, tant nous sommes reconnaissants
à l’auteur de nous les faire mieux connaître. Mais
quoique l’art de l’Extrême-Orient fût exclu du pro-
gramme de M. Post, une esquisse en eût été bienvenue
pour expliquer certaines ramifications et tendances de
l’art européen de nos jours (2).

H. C.

(1) V. le compte rendu précédent (ouvrage de K. Par-
kes).

(2) Il ne me paraît pas exact d’appeler archaïsant le
style de la Visitation de Reims et de prétendre (p. 66)
qu’il y a beaucoup d’autres exemples de ce style parmi les
statues de la cathédrale. Lesquels ? — La place assignée

'à la statuaire gothique de France du xme siècle (dont les
mérites sont d’ailleurs bien appréciés) est insuffisante. —
Rien ne permet d’attribuer la Diane d’Anet à Jean

André Blum. — Histoire générale de l’art, des
origines à nos jours. — Paris, Aristide Quillet,
s. d. (1922 ?). Gr. in-8, 11-262 p. Nombreuses illus-
trations dans le texte, 9 planches hors texte.

Un auteur, que connaît bien M. Blum, a dit un
jour que les livres de ce genre sont un travail ingrat, car
le spécialiste ne les consulte que pour ce qu’il ignore
et ne les juge que par ce qu’il connaît. Je crains le
jugement de certains spécialistes pour l’ouvrage de
M. Blum, malgré la somme de travail qu’il atteste,
malgré de très réelles qualités de clarté, d’ordre et
de goût. Mais il semble qu’un auteur jeune, et par
conséquent non universel, qui aborde une pareille
entreprise devrait se conformer aux trois règles sui-
vantes : i° prendre, en ce qui concerne les faits, pour
chaque époque, pour chaque chapitre, un guide
unique, le plus récent et le meilleur possible, et
s’en tenir strictement à ce guide sans chercher à
combiner ses renseignements avec d’autres, puisés dans
des ouvrages plus anciens et moins sûrs ; 20 ne jamais
nommer un artiste ou une œuvre sans les caractériser
brièvement, et autant que possible d’après une impres-
sion originale ; 30 éviter les énumérations, se borner
résolument aux grands noms, aux œuvres maîtresses.

En se conformant à ces trois principes, en sur-
veillant bien la correction de ses épreuves on aura
fait un livre exact et vivant ; en y joignant une biblio-
graphie choisie (il n’y en a pas l’ombreici) et une bonne
illustration (elle est abondante et excellente, à part
les planches en couleur, genre qui ne comporte pas la
médiocrité), on aura fait un livre utile.

M. Blum est sans doute de l’avis de Fénelon qui
ne voyait dans la première édition d’un ouvrage qu’une
sorte d’épreuve soumise à la critique compétente.
Qu’il profite largement des conseils et des observations
de celle-ci pour faire de la deuxième édition que je sou-
haite à son livre une œuvre tout à fait digne de lui-
même, du sujet et de la préface chaleureuse de M. Paul
Léon.

T. R.

Goujon (I, p. 240). — Il n’est pas méthodique de parler
de Coysevox, de Girardon et même de Claude Lorrain
avant Puget, auquel M. P. ne rend pas justice. — Le
groupement en un bloc du « baroque » et du « rococo »,
subdivisés seulement par pays, entraîne des redites et des
anachronismes. — Marin méritait d’être nommé à côté de
Chinard (II, 96). — Le terme « attitude glyptique »
(II, 118) pour désigner le style de Maillol et de Bour-
delle est bien mal choisi : la glyptique est l’art de sculp-
ter en creux, non en ronde bosse (plastique). — Une
galéjade comme la « Mllc Pogan » du cubiste Brancusi
ne méritait pas l’honneur d’une planche (II, 267).

(1) Je me tiens à la disposition de notre excellent colla-
borateur pour lui signaler quelques-unes des erreurs
de fait, de date, d’expression ou d’impression que pré-
sente le chapitre consacré à l’art grec (p. 16-3 3). Je ne vou-
drais pas moi-même encourir Te reproche classique Ne
sutor... Cependant est-il permis, après avoir correctement
défini l’ogive (p. 68), d’écrire deux pages plus loin
(d’après la source n° 2 ) « les fenêtres (gothiques) sont
d’abord simples, caractérisées par une ogive aiguë» ? Est-il per-
mis de faire de Joseph Israëls (p. 247) « un excellent paysa-
giste » ? P. 249 on apprend que toutes les écoles de pein-
ture (depuis la guerre) « paraissent se cristalliser dans un
retour à la nature. » Formule bien inexacte. Les légendes
des gravures des p. 226 et 230 ont permuté d’une manière
assez divertissante, mais ceci n’est pas de la faute de
l’auteur.
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