Prisse D'Avennes, Achille Constant Théodore Émile
Histoire de l'art égyptien: d'après les monuments ; depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine (Text) — Paris, 1879

Page: 118
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118 • L'ART ÉGYPTIEN.

Les formes que le dessin est appelé à reproduire sont toutes engendrées par la
ligne droite et les lignes courbes; et ce sont les belles lignes qui sont le fondement de
toute beauté.

« Il est des arts, a dit Joubert, dans lesquels il est indispensable que les lignes soient
visibles; par exemple l'architecture, qui se contente de les parer; mais il en est d'autres
comme la statuaire, où l'on doit les déguiser avec soin : s'il n'en est pas demôme dans
la peinture c'est qu'elles s'y trouvent, toujours, suffisamment voilées par les couleurs. »

La nature, elle, les cache, les enfonce, les recouvre dans les êtres vivants, (il est
facile, en effet, de remarquer combien il était nécessaire que ceux-ci, pour posséder
la beauté, fissent peu ressortir leurs lignes) et elle nous montre que le squelette doit se
concentrer dans les lignes; tandis que la vie ne doit se faire, principalement, sentir
que dans les contours.

Les différents arts du dessin, ayant donc pour objet de nous présenter les contours
et les proportions réelles des choses, telles qu'elles sont ou qu'elles doivent être, savoir
dessiner c'est les estimer de l'œil et en limiter les contours : en appliquant cette défi-
nition à la sculpture ou à la peinture; sculpter ou peindre, c'est, encore, savoir dessi-
ner à l'aide d'un ciseau ou d'un pinceau : ceci admis, il est impossible de ne pas
reconnaître que le dessin, proprement dit, c'est-à-dire la représentation des formes et
des proportions, a précédé; et a été, en quelque sorte, le moteur de l'architecture, de la
sculpture et de la peinture.

Le besoin de faire emploi du dessin paraît tellement inné, dans notre espèce,
qu'il s'est manifesté dès que l'homme a voulu donner satisfaction à ses tendances
instinctives en dehors de ses besoins matériels : A peine le voit-on surgir, parmi les
créatures paléontologiques, qu'il songe, déjà, à embellir les pauvres instruments qui lui
permettront d'accroître, un peu, ses ressources, ou de faire prendre l'essor à son
habileté. L'homme primitif parvient-il à façonner un outil ou une arme, jamais il
n'oubliera de les parer, ne fût-ce qu'au moyen de quelques traits, dans le cas où il
ignorerait, encore, l'art des ornements d'une régularité géométrique; parfois même, il
tentera d'y représenter d'imparfaites figures, copiées sur la nature vivante ; mais, dès
ces commencements, il est déjà facile de s'apercevoir que les notions du vrai et du
beau tendent à se combiner dans les effets d'ensemble, même les plus faibles, dus au
talent de l'artiste ; tellement l'homme aspire à d'autres joies que les animaux : ceux-ci,
on le sait, dès qu'ils ont le nécessaire, se montrent satisfaits et se reposent; l'homme,
au contraire, ne rêve que le superflu, même à l'état sauvage : ne le voit-on pas, alors,
forcé qu'il est de se passer de vêtements, se peindre, se tatouer; en un mot, s'affubler
d'ornements.
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