Prisse D'Avennes, Achille Constant Théodore Émile
Histoire de l'art égyptien: d'après les monuments ; depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine (Text) — Paris, 1879

Page: 340
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340 NOTICES DESCRIPTIVES.

Thèbes, suivant Strabon, s'étendait sur un espace de 30 stades olympiques de longueur; ce
qui peut s'accorder avec la circonférence de Û00 ou 420 stades égyptiens que d'autres écrivains
donnent à cette ville. Quant à sa population, on dit que, dans sa plus haute prospérité, elle pouvait
faire sortir deux cents chariots armés en guerre et dix mille combattants par chacune de ses
cent portes. Cette assertion, et l'expression A'hécatompyle employée par Homère, sont de ce hyper-
boles dont l'antiquité abonde; il aurait fallu au moins cinq ou six millions d'habitants dans cette
ville pour fournir ce nombre de soldats. Le passage cité par Etienne de Byzance et par les
scoliastes d'Homère, ne s'applique pas à la seule ville de Thèbes, mais probablement à l'Egypte
entière. La critique moderne est maintenant d'accord, qu'en général il faut se tenir en garde
contre les exagérations de quelques historiens qui donnent à Thèbes des dimensions énormes et
une population extraordinaire. Quoi qu'il en soit, cette vaste cité a dû contenir au moins deux
ou trois cent mille habitants, nombre immense dans l'antiquité; aussi la Bible la désigne souvent
sous le nom de la populeuse No.

La fondation de Thèbes est aussi ancienne que la nation même. Mais elle ne devint probable-
ment la capitale de l'Egypte qu'après l'invasion des Pasteurs : la renaissance qui partit alors
de ce foyer, remonta le fleuve d'un côté et le descendit de l'autre pour ranimer le vieil empire,
après la longue et désastreuse domination de deux ou trois races d'envahisseurs compris sous
le nom d'Hyksos. Elle fut saccagée à diverses reprises, d'abord par'les Hyksos, puis par les
Carthaginois, par les Perses, parles Romains, enfin par les Égyptiens eux-mêmes (1). Après le
départ de Cambyse et de ses successeurs, dont le joug pesa cent treize ans sur la malheureuse
vallée du Nil, Thèbes conserva encore assez de richesses pour que, suivant Pausanias, Ptolémée
Philométor s'occupât de l'en dépouiller, afin de la punir d'avoir suivi un parti contraire au sien
dans les démêlés qu'il avait eus avec sa mère. Il assiégea Thèbes pendant trois ans, s'en rendit
maître, et la châtia si rudement de sa rébellion, que la plus grande et la plus riche cité de
l'Egypte ne put jamais se relever de ses désastres, malgré les travaux de quelques-uns de ses
successeurs. Thèbes tut pillée aussi par les Romains : ces ravisseurs des biens des nations,
suivant la belle expression de Racine, n'épargnèrent pas l'Egypte, bien qu'elle fût le grenier de
Rome. Sous le règne d'Auguste, Gallus sévit contre la capitale pour cause de rébellion. Après
toutes ces disgrâces vint un violent tremblement de terre, qui, suivant Eusèbe, eut lieu l'an 16
du règne d'Auguste, et détruisit une partie de Thèbes.

Le christianisme vint, et, à son tour, renversa les statues, mutila les bas-reliefs, transforma
les portiques en églises, et, pour introniser le culte de la divine tiïnité chrétienne, détrôna la
grande triade thébaine et les neuf autres divinités adorées dans la ville capitale des pharaons.
Aux chrétiens fanatiques iconoclastes qui se firent plus tard adorateurs de nouvelles images,
succédèrent les Arabes qui ne mutilent guère les idoles qu'ils méprisent ; mais que vous y
rencontrez, encore aujourd'hui avec le fer et la poudre, extrayant des matériaux pour les arts
que la civilisation leur apporte d'outre-mer.

Les villes et surtout les villes capitales ne parviennent h leur apogée de développement que
par l'effort indispensable du temps ; c'est lui qui en trace le plan et qui en est l'architecte. Dans
l'antiquité, comme de nos jours, les villes ne présentaient que l'accumulation successive et assez

(1) Le pillage de Thèbes par les Carthaginois eut lieu probablement entre 000.et 550 av. J.-C. lorsque
la maison puissante de Magon se plaça à la tète de la République. Cette irruption tomberait sous le
règne d'Apriès ou Hophra, qui ayant échoué dans une expédition contre Cyrene, fut obligé par une révolte
de céder le trône à Amasis.
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