Institut Français d'Archéologie Orientale <al-Qāhira> [Editor]; Mission Archéologique Française <al-Qāhira> [Editor]
Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes: pour servir de bullletin à la Mission Française du Caire — 1.1870

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L'expression màa-xerou.

L'EXPRESSION MÀA-XEROU.

L'epithète c=^-> màâ-xeru, et ses variantes, est ordinairement placée dans les textes
funéraires de l'ancienne Egypte après les noms des morts. Mais les inscriptions de pèlerinages
gravées sur les rochers de la première cataracte du Nil, nous montrent que les vivants pouvaient
aussi se l'approprier, en vue, peut-être, de la fin de leur existence.

Cette épithète réduite à la plus simple expression hiéroglyphique se compose de deux
caractères: £=d ou j màâ 1 «vérité, justice, droit, autorité,» et =0 ou J xerû «voix, parole;
dire, parler, s'écrier.»

Ciiampollion avait d'abord traduit cette expression composée par le mot «véridique»
ou «disant la vérité»2. C'est la traduction que j'ai adoptée dans ces derniers temps, faute de
mieux pour rendre l'idée égyptienne.

La même expression employée comme substantif ou comme verbe fut rendue aussi par
les mots «justification, justificateur, qui justifie»3; mais jamais au passif «justifié», dans les écrits
du maître.

Je ne sais par suite de quelles considérations on renonça à cette première interprétation
pour la remplacer par le mot «justifié». Rien, à ma connaissance, ne nécessitait ce changement.
Champollion avait dit dans sa Grammaire (p. 128) «qu'on doit traduire | par disant la vérité,
véridique, qualification convenable aux vivants, et plus encore aux aines des morts qui étaient
censées rendre compte de leurs actions devant le tribunal d'Osiris en présence de la déesse
Thmei [Màâ-t), la Vérité ou la Justice, l'Àlethé et la Dicé des Mythes égyptiens». C'était une
explication suffisante pour conserver le sens actif; mais je ne crois pas qu'elle soit juste, ni que
l'expression en question ait le moindre rapport avec le jugement de lame.

Quoi qu'il en soit, la signification de notre épithète est active et non passive. Il suffit
pour s'en convaincre d'observer que si l'expression fE^ est parfois accompagnée de la marque
du féminin quand elle s'applique à une femme, elle ne l'est jamais des signes du passif ^
ou ta.

Ainsi, grammaticalement, le sens «justifié» ou «proclamé juste» est inadmissible; ce
serait tout au plus «justifiant» ou «proclamant la justice.»

n

s-maa-xeru,

màâ est un verbe actif et I xeru, le

Mais, dans la forme verbale
substantif qu'il régit.

Màâ «vérité, justice, droit, autorité» devenant verbe prend nécessairement la signi-

fication des mots «donner la vérité, faire justice, faire droit, autoriser». Avec Y s

n

1 transitive,

s-màâ-xeru veut donc dire: «rendre vraie la parole, faire faire justice à la parole, faire
l'aire droit à la parole, donner autorité à la parole».

1) Je transcris màâ et non ma à cause du groupe ~/n, parce que les variantes ne donnent jamais
ma mais toujours J7 ma dont le véritable complément est

2) Grammaire égyptienne, p. 65, 128, 294 et 403.

3) Grammaire égyptienne, p. 471, 413, 247, 27S.
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