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Rocznik Historii Sztuki — 10.1974

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https://doi.org/10.11588/diglit.14269#0184
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ZOFIA ROZANOW

Après la II-c guerre mondiale, de nouvelles recherches s'attachent à déterminer l'origine du style de l'image.

En 1952, Karol Estreicher commente le texte le plus ancien (de 1474) se rapportant à l'histoire du tableau, qui vient d'être
découvert par l'historien du couvent, le père Sykstus Szafraniec; Estreicher se prononce aussi sur l'origine du style de l'oeuvre
qui, à son avis, a été créée en Bohême avant 1350 et qui rappelle de très près le style du maître Théodoric.

La même année, Rudolf Kozłowski publie les résultats des travaux de conservation commencés en 1946; l'examen du tableau
par couches successives au moyen des rayons X et l'étude au microscope du support, de la couche de fond et des couleurs prou-
vent que le tableau entier est une oeuvre homogène, exécutée en 1430—1434. La couche préalable à base de craie indique que la
restauration a été faite en Pologne puisqu'on y retrouve les mêmes micro-organismes que dans les gisements de roches crayeuses
à Chełm.

De l'oeuvre originelle n'ont subsisté que les panneaux, le tout est recouvert d'une nouvelle toile sur laquelle l'artiste a peint
l'image actuelle qui reproduit les traits de la précédente. Le fragment microscopique qui se trouve sous la nouvelle toile, sans
fraces de craie, d'après Kozłowski suggère que l'oeuvre originelle pouvait être une peinture à l'encaustique qui remonterait même
à la 1 in du premier millénaire. La thèse avancée par Kozłowski, soutenue par les recherches effectuées pour la conservation de
l'oeuvre, réfutait les thèses de nature formelle avancées jusque-là, aussi fut-elle accueillie avec beaucoup de réserves par les histo-
riens de l'art.

Le professeur Michał Walicki s'est intéressé tout particulièrement au problème concernant l'origine du style de l'image.
Un court article paru en 1961 dans Malarstwo polskie (La Peinture polonaise) fut à l'origine d'une étude très détaillée du problème
au cours d'un séminaire pour les candidats au doctorat, en 1963. Suivant le professeur Walicki, avant l'acte de dégradation subi
en 1430, l'image était une oeuvre dont les traits dominants relevaient de l'art du XIV-е siècle. Le visage de Notre-Dame pouvait
être un fragment de l'oeuvre originelle, demeuré intact, alors que les autres parties étaient de dates plus récentes et provenaient
de retouches et enrichissements successifs apportés à l'image avant l'acte de dégradation, et dont les derniers on été faits dans les
milieux artistiques du temps de Louis le Grand. La restauration de 1430 a pu accuser le caractère byzantin de l'oeuvre.

En 1966, Teresa Mroczko et Barbara Dąb se sont intéressées au problème de l'origine iconographique de l'image avant les
années 1430—-1434. A leur avis, c'est avec l'icône en mosaïque du couvent d'Hilandar sur le mont Athos que l'image présente
le plus d'analogie. Comme, d'autre part, les thèmes des légendes coïncident avec les motifs de la tradition russe, il en ressortirait
que l'oeuvre originelle de l'Hodegetria de Częstochowa remonte tout au plus au XIII-e siècle et qu'elle était probablement une
icône orientale.

En 1971, Ewa Snieżyńska-Stolot reprend les thèses de Podlacha et Tomkowicz sur la provenance italienne de l'image qu'elle
attribue à un peintre napolitain, disciple de Simone Martini ; l'oeuvre remonterait au premier quart du XIV-е siècle et aurait
été la propriété de la reine Elisabeth de Hongrie (fille du roi polonais Ladislas I-er dit Łokietek) ; par voie de succession, elle serait
revenue à la reine Jadwiga, fille de Louis le Grand qui en a fait don à Częstochowa, par l'intermédiaire d'Opolczyk. A son avis,
ce n'est pas l'image elle-même qui a été endommagée par les iconoclastes de 1430, mais seulement le retable.

Etant donné la divergence des opinions chez les historiens de l'art sur le caractère italien ou byzantin de l'image, comme
sur la nature même de la restauration du tableau après 1430, la nécessité s'impose que des spécialistes divers de la conservation
des oeuvres d'art entreprennent des nouvelles recherches très étendues qui puissent apporter une confirmation irréfutable à la
thèse de R. Kozłowski ou qui l'infirment définitivement. Jusque là, ses travaux sont et resteront l'unique confirmation, apportée
par les conservateurs, de la thèse suivant laquelle l'image actuelle a été entièrement repeinte en 1430, en respectant les lignes plasti-
ques de l'oeuvre originelle. Si l'oeuvre actuelle est la seconde image de l'Hodegetria, il faut convenir que le peintre a exécuté
une copie particulièrement fidèle, allant jusqu'à reproduire les différentes couches de peinture superposées. La plus ancienne,
qui semble provenir de la même époque que la couche préalable, représentait le visage de Notre-Dame, le seul fragment du ta-
bleau originel qui ait subsisté jusqu'en 1430. Le visage et la robe de l'Enfant ont tous les caractères de la peinture tchèque du
milieu du XIV-е siècle, tandis que le manteau et la robe de Notre-Dame, avec ses fleurs de lis, suggèrent des retouches apportées
dans le milieu artistique de la cour de Louis le Grand. Divers éléments, fondus en un tout harmonieux, s'intègrent dans une forme
d'expression hiératique et majestueuse qui s'épanouit surtout dans la peinture orientale et rejoint la tradition artistique du haut
Moyen Age par le schéma de sa composition. Et c'est aussi qu'en 1430, un artiste inconnu, au talent exceptionnel a créé une oeuvre
unique et fascinante —■ l'Hodegetria de Częstochowa qui, telle une agrafe symbolique d'essence gothique, unit les traditions
de l'Orient byzantin et la culture latine de l'Occident.
 
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