Vitruvius ; Perrault, Claude [Transl.]
Les Dix Livres D'Architecture De Vitruve: Corrigez Et Tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures — Paris, 1673 [Cicognara, 727]

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yi VITRUVE
C H a 3P. X» Ayant donc parlé de tous les préparatifs qui sont necessaires, je vais dans les livres suivans A
«donner les règles qu'il faut observer danslastru&uredetousles Edifices, & je Commence ,
comme Ueûraisonnable,parles Temples des Dieux, traittant de leurs symmetries & pro-
portions.
LE TROISIEME LIVRE
D E V I T R U V E
P R E F A C E.
SOCRATE qui fut déclaré le plus sage de tous les hommes par les Oracles qu'Apol-B
Ion rendoit en la ville de Delphes, disoit avec beaucoup de raison , qu'il eustestéà
souhaiter que nous eusïions eu une ouverture à la poitrine, afin que nos pensées & nos
deiTeinsnefussent point demeureziî cachez. Carsî laNature,suivant le sentiment de ce
grand personnage, nous avoit donné lé moyen de découvrir les conceptions les uns des au-
tres j outre l'avantage qu'on auroit de voir le fort & le foible de tous lesesprits , la science
&la capacité de chacun se connoissant à l'œil, elle ne seroit point sujette au jugement
qu'on en fait bien souvent par des conjectures fort incertaines, & les doctes enseigneroient
avec bien plus d'autorité. Mais puisque la Nature en a autrement disposé , il ne nous
est pas possible de pénétrer dans l'esprit des hommes, où les sciences sont renfermées & ca-
chées, pour sçavoir certainement quelles elles sont. Et quoyqueles meilleurs ouvriers pro-
mettent d'employer toute sorte d'industric pour faire reusïir ce qu'ils entreprennent, toute- C
fois s'ils n'ont acquis du bien & de la réputation par le longtemps qu'ily a qu'ils travaillent,
&quemesme ilsn'ayentpasde l'adresse pourse faire valoir, Se une facilité de s'expliquer
qui ibit proportionée à leur science, ils n'auront jamais le crédit de faire croire qu'ils sça-
vent bien les arts dont ils font profession.
Cette vérité se justific par les exemples des anciens Sculpteurs & Peintres, entre lesquels
nous ne voyons point que d'autres que ceux qui ont eu quelque recommendation & quel-
que marque d'honneur, ayent fait connoistre leurs noms à la posterité : Car Miron,Poly-
clete,'Phidias, Lysippus & tous les autres qui ont esté annoblis par leur art, ne le sont*
rendus célèbres, que parce qu'ils ont fait des ouvrages pour des Rois, pour de grandes vil-
les, ou pour des particuliers puissans& élevez en dignité :& il s'en est trouvé plusieurs au-
tres, qui n'ayant pas moins d'esprit,d'adresse & de capacité, ont fait pour des personnesD
de peu de consideration des ouvrages qui n'en estoientpas moins excellens, & qui néan-
moins n'ont point laisse de réputation après eux: ce qui n'a pas esté faute d'industrie & de
suflisance, mais faute de bonheur, comme il est arrivé à Hellas Athénien , à Chion Co-r
rinthien,àMyagrusPhocéen,à Pharax Ephesîen,àBedasByzantin,&ç à plusieurs autres.
Il en est de mesme des Peintres ; car Aristomenes Rhodien, Polycles Àtramitain, Nicoma-
chus & plusieurs autres, n'ont manqué ny d'étude, ny d'adresse, ny d'application à leur art:
Mais le peu de bien qu'ils avoient, ou la foiblesse de leur destinée, ou le malheur d'avoir eu
du delavantage dans quelque contestation avec leurs adversaires, ont esté des obstacles à
leur avancement & à leur élévation.
Mais s'il ne faut pas s'étonner que les habiles gens dont on ignore la capacité, manquent
de réputation ; il n'est pas supportable de voir que tres-souvent la bonne chère & les festins E
corrompent la vérité, &fassent violence aux jugemens pour donner l'approbation à des
choses qui n'en méritent point. Si donc suivant le souhait de Socrate les sentimens des
hommes, leur art & leur science avoient esté visibles, la faveur & la brigue ne prevau-
droient pas comme elles font, &on donneroit les ouvrages à faire à ceux qui parleur tra-
vail seroient parvenus à la perfection de leur art. Mais comme ces choses ne sont point de-'
i. Phidias. Cet illustre Sculpteur est remarquable entre les des Archite&es très capables > il vouloit que les desseins de Phi-
autres par la faveur de Pericles : car Plutarque rapporte que ce diasfussentlùivisjc'estàdirequeles ouvrages sùssènt en danger
grand personnage quia orné la Ville d'Athènes par. plusieurs ex- d'avoir les défauts dont de sçavants Architectes auroient pâles
cellens édifices , estoit prévenu d'une si grande affection pour rendre exempts.
Phidias qui n'estoit que Sculpteur, que bienque la République eùft
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