Vitruvius ; Perrault, Claude [Transl.]
Les Dix Livres D'Architecture De Vitruve: Corrigez Et Tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures — Paris, 1673 [Cicognara, 727]

Page: 271
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LE DIXIE'ME LIVRE
r ■ . . -
D E VI T R U V E

P R E F A CE,

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ON dit qu'à Ephese, qui cst une des plus grandes & des plus célèbres villes de la Grèce, //
il y avoit autrefois uneloy très-severe, mais tres-justej par laquelle les Architectes
qui entreprenoient un ouvrage public estoient tenus de déclarer ce qu'il dcvoitcoustcr,dc
le faire pour le prix qu'ils avoient demandé, & d'y obliger tous leurs biens. Quand l'ouvrage
cstoit achevé, ils estoient rccompensez & honorez publiquement, sî la dépense estoit telle
qu'ils avoient dit : si elle n'excedoit que du quart ce qui estoit porté par le marche , le
surplus estoit fourny des deniers publics : mais quand elle pasToitlc quart, l'excédant estoit
fourny par les Architectes.
Il seroitàsouhaitter que les Romains eussent un scmblable règlement pour leurs bâti-
mens tant publics que particuliers : cela empescheroit qu'une infinité d'ignorans ne se
C messassent impunément de l'Archite&ure , & il n'y auroit que d'habiles gens qui en fc-
roient profemon > les particuliers ne se ruineroicnt pas comme ils font par des dépenses
èxcessives, & la crainte de la peine introduite par la loy porteroit les Architectes à ne
Î>asdisïimulerla dépense qu'ils prevoyentestre necesfaire; & par ce moyen on feroit faire
es bâtimens pour le prix que l'on se seroit proposé, oudumoinsàpeude chose prés. Car
celuy qui veut dépenser quatre cens écus à son bâtiment, pourra bien y ajouter encore
cent écus, pour avoir le plaisîr de voir achever son ouvrage : mais quand on est trompé de
la moitié dans la dépense à laquelle on s'estoitresolu, ort perd courage, &bicn souventori
cst contraint d'abandonner ce que l'on a entrepris.
Et ce n'est pas seulement dans les bâtimens que l'on est trompé de la sorte, lameimesur-
prise se fait dans les Jeux publics, soit de Gladiateurs, soit de Comédiens, que les Magistrats
£) donnènt'au peuplercar ces choses ne souffrent point de retardement»& il y a un temps prefix
*dans lequel on doit avoir mis en estat 'les; Amphithéâtres, les voiles que Tony étend, les
décorations des Théâtres & toutes les machines qui se font pour les spectacles, où il est be-
soin d'une grande conduite & de beaucoup d'application d'esprit ; pareeque cela ne se fait
que par des inventions nouvelles & recherchées. Il seroit donc de la dernière impor-î
tance d'ordonner qu'avant que d'entreprende ces sortes d'ouvrages, on examinait soigneu-
semenrtous les moyens que l'on a de les exécuter. Mais comme il n'y a ny loy , ny or-
donnance qui oblige d'en user de la sorte j& que tous les ans les Prêteurs & les Ediles sont
obligez de préparer des machines pour les Jeux & pour les Spectacles publics , j'ay crû,
Seigneur, que je neferois pas uneehose inutile, après avoir écrit des Bâtimens dans mes
premiers livres, d'expliquer dans le dernier les principes de toutes sortes de machines , &
E la manière de les eonstruire. ., -

JE, Les amphithéâtres. Je traduisairisî Sedes speliacu-
lorum : Car quoy qu'il soit consiant que les véritables Amphi-
théâtres n'étoient point encore en usàge du temps de Vitruve, &
qu'il y a faute dans Pline, où on lit Pompei jimphitheatri, au
lieu de Pompeiani Tkeatri sélon la remarque de Lipsè ; néan-
moins le mot d'Amphithéâtre est si commun en François, & sa
signification est si precisèpour sigrifier, les sieges qui servent aux
Spectacles que je n'ay pas fait de difficulté deme sèrvir de ce mot.
Il me reste néanmoins un sèrupule à causè de la penfée que j'ay que
les anciens avoient de trois ibrtes de Théâtres, dort les urs
estoient entièrement de bois, les autres tout de pierre, Sries au-
tres moitié pierre Se moitié bois, telqu'èst celuy de Bordeaux,

!
)

où les sieges qui n'estoictt que de bois estoient soûtenus sur des
murs tournez en rond. Car cela estant Stdes speUaaderwn si-
gnifieroit icy seulement la charpenterie dont les sieges estoient for-
mez ,& quisèposoitsiirla maçonnerie,lorsque l'on devoit donner
les Spcdacles.Cela paroist avoir quelque vrai-sèmblance, pareeque
Vitruve met Sedes fyellacnlwttm avec velorum indt&iones, 8c que
l'on seait que les voiles ne se mettaient aux Théâtres que dans' le
temps des Speûacles.Or ces voiles estoient de deux sortes, car les
.unes serVoient à couvrir tout le Théâtre, pour empeseher que les
speébteurs ne sussènt incommodez duSoleil, les autres sê tiroient
devant la Scène pendant que l'on travailloit aux changemens du
Théâtre, cette dernière sorte de voiles s'apelloit Sipmmn.
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