Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1918-1919(1919)

Page: 228
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bshaf1918_1919/0240
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
ter permet de faire plusieurs constatations utiles. Elle
prouve d’abord que les émailleurs limousins, s’ils ne
se sentaient presque jamais assez sûrs d’eux-mêmes
pour imaginer de toutes pièces les compositions
qu’ils reportaient sur le cuivre, ne demeuraient pas
toujours esclaves des modèles gravés qu’ils avaient
choisis et n’hésitaient pas à les transformer, parfois
même avec une liberté singulière. Elle montre encore
que ces artisans provinciaux eurent connaissance des
ouvrages étrangers par lesquels commencèrent les
discussions théologiques qui bouleversèrent ensuite
une grande partie de l’Europe. Enfin elle apprend
qu’Albert Diirer n’est pas le seul grand artiste alle-
mand du commencement du xvie siècle dont les gra-
vures aient fait pénétrer l’influence jusqu’à Limoges
et qu’à côté de lui il faut réserver une place (peu con-
sidérable d’ailleurs) à Hans Holbein.

De telle sorte qu’on commence maintenant à cons-
tater qu’au xvie siècle, dans un centre d’art aussi
provincial que Limoges, la plupart des grands ar-
tistes de l’Europe furent successivement imités. Sans
doute, tous n’exercèrent pas une action comparable
à celles de Dürer et de Raphaël, qui dépassent de
beaucoup toutes les autres; mais presque tous y ont
laissé une trace, grâce aux estampes, dont la diffu-
sion extrême fut (on le verra de plus en plus claire-
ment) le grand facteur de la transformation des styles
durant le cours du xvie siècle; c’est l’estampe, com-
pagne du livre, qui a mis fin à l’art du moyen âge,
en substituant aux traditions d’atelier l’imitation des
modèles gravés, tirés à un grand nombre d’exem-
plaires et répandus partout.

J. .T. Marquet de Vasselot.
loading ...