La chronique des arts et de la curiosité — 1922

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CHRONIQUE DES ARTS

Chrétien-Michel-Hamon Duplessis

M. P. Marmottan, critiquant (i) un article paru
dans la Gazette des Beaux-Arts (2), relevait la confusion
fréquemment commise entre le portraitiste Sifrède
Duplessis et Chrétien-Michel-Hamon Duplessis, le
maître de Swebach.

Bien que rappelée récemment encore par M'. Ch.
Saunier (3), il semble que la distinction entre ces
deux artistes ne se soit pas encore imposée à la critique.
Celatient peut-être à ce que l’article de M. Marmottan,
où la manière de Michel-Hamon Duplessis est d’ailleurs
fort bien décrite, n’est accompagné d’aucune repro-
duction.

On pourra y suppléer dans une certaine mesure par
le catalogue de la 6e vente Beurdeley, qui reproduit
sous le n° 113 un dessin attribué à Sifrède, lequel est
incontestablement de Michel-Hamon Duplessis.

A la vente Barbier (Bruxelles, juin 1922) figurait
encore, sous le nom de Sifrède, un petit tableau (Halte
de-cavalerie; hauteur om,3 r, largeur om,4o). Cette
petite pièce est entrée dans la collection de M. J.
Fievez, l’expert-collectionneur de Bruxelles. Le même
amateur achetait peu après dans une vente parisienne,
tou]ours sous le nom de Sifrède, le pendant du pré-
cédent. Il est facile de voir que les deux tableaux sont
signés tout au long: M. H. Duplessis.

On trouvera peut-être que M. P. Marmottan, qui
caractérise très bien l’œuvre de Michel-Hamon, apporte
à son jugement quelque sévérité, puisque le modeste
artiste a trouvé grâce devant des amateurs aussi avertis
que feu Beurdeley et quê M. J. Fiévez.

Mais la confusion entre les deux Duplessis n’est pas
la seule qui soit intervenue.

Les œuvres médiocres des maîtres, grands et petits,
ne sont pas toujours les moins caractéristiques de leur
métier et de leur manière, sinon de leur talent. Nous
possédons dans nos documents un grand diable de
dessin dont le seul intérêt, à première vue, est d’être
signé en toutes lettres: Hamon Duplessis. Il est exé-
cuté au trait, légèrement lavé, et représente un choc
de cavalerie, qui n’a, hélas ! rien de belliqueux. Un
dessin de la même venue au musée de Bruxelles est
attribué à... Courtois.

A ce document s’apparente un dessin aquarellé
figurant des,soldats attablés. Un expert parisien parti-
culièrement averti l’avait attribué, par analogie avec
le précédent, à Hamon Duplessis. La publication du
neuvième volume de Y Inventaire des dessins du Musée du
Louvre nous apprend (n° 9443) qu’il est de Louther-
bourg. Cela prouve une fois de plus que les dessins
d’artistes contemporains ayant traité les mêmes sujets
peuvent déjouer les plus habiles.

Quoi qu’il en soit, notre grand dessin a une analogie
incontestable avec deux dessins aquarellés qui nous
introduisent de plain-pied dans la manière de Swebach.
C’est bien le dessin de la collection Beurdeley, comme
facture, mais avec l’agrément de la couleur. Ces deux
petites pièces ont été soumises il y a quelques années

(1) Journal des Arts, 15 janvier 1905.

(2) 1904, t. II, p. 367-

(3) Gazette, 1914, t. I, p. 88.

à un expert parisien bien connu, qui les déclarait de
«Swebach père», en insistant sur« père». Il ne faut pas
demander combien de C.-M.-H. Duplessis passent en
vente sous le nom de Desfontaines! D’ailleurs, pour
saisir ladistinction entre les deux petits maîtres, il suffit
d’examiner les deux pièces (n° 113 et 312) reproduites
sur la même page du catalogue Beurdeley, encore que
le dessin de Swebach ne soit pas là aussi nerveux qu’on
pourrait le désirer.

Avant d’en arriver ainsi, par des analogies qui nous
paraissent indiscutables, à identifier nos deux petites
aquarelles (lesquelles, avant d’avoir été classées comme
Swebach, avaient été achetées comme Loutherbourg,
puis attribuées par feu Léon Gauchez à Taunay), j’avais
eu la bonne fortune de voir au musée de Chartres une
série de dessins aquarellés de même venue que les
miens : mêmes sujets, même touche, même papier.
Aucun doute n’était possible.

Le musée de Chartres attribue ces pièces à Duplessis-
Bertaux. Voilàdonc,avecnotremodesteMichel Hamon,
trois artistes dont l’œuvre peut être mieux délimitée.
Et nous nous demandons si bien des œuvres attribuées
à Duplessis-Bertaux dans les ventes récentes (Halte
de cavalerie, Militaires en voyage) (1), ne doivent pas
également passer au maître de Swebach.

M. Delacre

P. S. Depuis la rédaction de cette petite note, le
catalogue de la collection Bourgarel (juin 1922)8
reproduit un intéressant dessin de M.-H. Duplessis. Il
est signé (n° 48). Les personnages sont presque au
repos et mieux réussis que lorsque l’artiste est pris
de fougue. Les amateurs semblent en avoir été recon-
naissants au dessinateur : cette pièce a fait 2.03 3 francs.

Ce même catalogue reproduit ( nos 23-24) deux des-
sins de batailles qui nous font penser à notre grand
dessin de Hamon Duplessis., Ils viennent de la collection
Chennevières et sont donnés à Jacques Casanova.
Qui est-ce, Jacques ? N’est-ce pas Jean-Baptiste ? On y a
peut-être mis le prénom d’un artiste moins connu,
dans l’impossibilité de pouvoir attribuer la pièce au
fougueux François-Joseph.

M. D.

PETITES EXPOSITIONS

Voici l’automne. Quelles vendanges nous réserve la
visite aux galeries, qui, les premières, ouvrent leurs
portes ? Et d’abord voici des peintures (paysages, nus
et figures), des aquarelles, des pastels et des dessins de
M. Kvapil (galerie M. Bernheim). La pâte est copieuse
et se superpose en touches grasses qui gagneraient à
être plus souples et moins régulièrement affirmées.
Une nature 'morte: des Citrons coupés dans une
verrerie et une aquarelle, Dans U Île, font le mieux
augurer des possibilités de l’artiste.

— Des dessins au trait accentué, des aquarelles aux
blancs méthodiquement ménagés, autant d’aimables

(1) Voir Mireur (D1), Dictionnaire des ventes d’art. Paris.
1901-1912, 7 vol. in-8.
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