L' art: revue hebdomadaire illustrée — 15.1889 (Teil 1)

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LA GRAVURE ET LA LITHOGRAPHIE AU SALON DE 1889. 295

Les personnes étrangères aux choses de l'art ou qui
n’en ont point le sentiment ne peuvent se rendre compte
de l’influence qu’exercèrent ces pages familières de Théo-
phile Thoré, véritables conversations écrites d’entrain,
sans se relire, mais portant toujours juste, ainsi que le
faisait la parole enflammée, spirituellement railleuse, tou-
jours pleine de verve et de savoir sans affectation, de ce
maître critique, le prophète par excellence des gloires
artistiques françaises alors déniées, aujourd’hui définitive-
ment consacrées.

Burger battit des mains, et à bon droit, à la renais-
sance de l’eau-forte, mais en l’an de grâce 1889, il met-
trait une sourdine à ses légitimes enthousiasmes d’antan.
Il pleut maintenant des aquafortistes, mais des aquafor-
tistes-traducteurs surtout; ceux-ci sont légion, tandis que
les aquafortistes-créateurs constituent une infime mino-
rité. Si une exception glorieuse les domine tous, et de
très haut, — j’ai nommé Théophile Chauvel, non moins
maître dans ses planches originales que dans ses interpré-
tations de paysagistes éminents et même de paysagistes
médiocres, sur le peu de talent desquels sa pointe magis-
trale donne merveilleusement le change, — il est malheu-
reusement incontestable que le métier, et un, métier trop
souvent insuffisant, remplace l’art en ce moment chez bon
nombre de graveurs à l’eau-forte.

II

Ce n’est ni Corot, ni Théodore Rousseau, ni Jules
Dupré, ni Diaz qu’a gravés cette fois Théophile Chauvel ;
ce n’est pas non plus une de ses planches originales qui
figure au Salon. Non, il s’est contenté d’y être représenté
par Evening Glow, d’après M. Heffner, et cette toile de
M. Heffner lui a servi de thème à une estampe d’une si
incomparable perfection que les aquafortistes présents et
futurs ne peuvent désirer enseignement plus impeccable.

Le Salon compte certes d’autres planches intéres-
santes, bien que leur ensemble n’offre vraiment qu’une
bonne moyenne, mais aucune d’elles n’approche de la
maestria de Chauvel. Je les ai vues et revues avec la plus
scrupuleuse attention et ai retiré de cet examen la convic-
tion qu’il faut désirer que de plus sérieux efforts se pro-
duisent pour le Salon de 1890.

M. Camille Fonce a du chic, et ce chic, qui ne manque
pas de séduction, ne dissimule cependant pas la dureté
des toits dans The Rookery, d’après M. Drummond ; mais
je me sens porté à son égard à infiniment d’indulgence,
parce qu'il ne se borne pas à interpréter autrui et expose
aussi une eau-forte originale.

M. Fernand Desmoulin manque de dessin, mais rend
bien l’aspect de la peinture de M. Théodule Ribot.

M. Gustave Greux, dont la facture est un tantinet trem-
blotée, n’en a pas moins produit une belle planche, bien
ensoleillée, d’après les Bords de l’Oise, de Daubigny ; son
faire était ce qu’en termes de graveur on appelle bouché.
M. Greux fait fort heureusement ses adieux à ce défaut.

M. Pierre-Augustin Massé s’est déplorablement attaqué
à la Reine des épées, de l’éminent membre de la Royal
Academy, de Londres, M. Orchardson. M. Massé ne rend
en aucune façon l’infinie distinction de ce maître.

M. Gravier nous donne une interprétation tout anglaise
et très enlevée de Soirée d’automne, d’après M. Grâce.

M. Le Coûteux, qui dessine bien, très bien, est tombé
dans la note sombre pour rendre l'Age de pierre, de
M. Cornton, et cette note ne traduit guère le tableau.

M. Mongin a beaucoup de talent et non moins d’hési-
tation. Il dépense des efforts infinis à n’oser pas. De là,

un manque de liberté qui atténue les mérites de sa Lecture,
d’après M. Firenze.

Mes vifs compliments à M. Courtry. Il y a tout plein
de jolies choses dans sa Lettre de recommandation,
d’après M. X. Aranda, sans parler d’une grande variété
de travaux fort spirituellement exécutés. Bref, son Aranda
est absolument supérieur au Rembrandt qui valut à
M. Courtry la médaille d’honneur.

Le Chat malade, deM. Giroux, d’après M. Th. Ribot,
est charmant de dessin et délicieusement traité. Au pre-
mier coup d’œil, il ne manque à cette excellente estampe
que de ressembler à un Ribot ; mais si l’on a vu le Chat
malade, on sait que cette peinture est d’un faire excep-
tionnel étranger à l’ensemble de l’œuvre de l’artiste, et que
cette facture exceptionnelle a été interprétée à souhait par
M. Charles Giroux.

La tête de la Cribleuse de colça, de M. Dautrey, d’après
M. Jules Breton, n’est point mal venue, mais la main
gauche est manquée, et le terrain est peu varié de travaux.
L’entreprise, toutefois, révèle un sérieux effort dont il faut
tenir compte au graveur.

On a bien fait de décerner une médaille de troisième
classe à MIle Poynot, qui est loin d’être heureuse, mais
qui ne connaît point le découragement et combat vaillam-
ment le dur combat de la vie. Elle est en bonne voie, mais
doit se garder de l’uniformité, qui est le côté faible de sa
Paysannerie, d’après M. Debat-Ponsan, et du Portrait de
M. Mounet-Sully, d’après M. J. P. Laurens.

Beaucoup de soleil dans Curiosity, de M. de Los Rios,
d’après L. Passini ; il est fâcheux que tous les noirs soient
égaux dans les têtes.

Les progrès de M. Félix Jazinski sont constants; son
Portrait d’homme, d’après Quentin Metsys, révèle un des-
sinateur sévère et un coloriste respectueux des valeurs du
maître qu’il traduit.

M. Koepping, tempérament d’artiste des plus remar-
quables, en est fâcheusement arrivé à supprimer toute
espèce de trait dans la forme.

M. Bracquemond me désole. Il renonce déplus en plus
à être Bracquemond, et cependant je ne puis m’empêcher
d’admirer le courage qu'il apporte à annihiler sa person-
nalité pour ne s’attacher qu’à rendre Millet, et il le fait
avec un soin extrême ; c’est très fini dans le caractère.

M. Emile Daumont est en grand progrès. Son Quai à
Rouen, d’après M. Lapostolet, est on ne peut plus agréa-
blement traité et constitue une très jolie planche.

M, Meissonier et M. Jules Breton ont fort inégale-
ment inspiré M. Margelidon ; son Meissonier s’enveloppe
bien et est plein de lumière.

Les trente-six eaux-fortes d’après M. Ludovic-Olivier
Merson, pour l’illustration de Notre-Dame-de-Paris, font
tout à fait honneur à M. Géry-Bichard. On a décerné à ces
planches attrayantes une seconde médaille bien méritée.

M. Monziès, qui a tant de talent, l’a mal employé en
s’abstenant de tricher avec le Meissonier qu’il voulait
graver.

M. Brunet-Debaines est très fort. Son art n’a point de
secret pour lui; mais tout ce qu’il fait est trop bien fait ;
pas trace de liberté.

M. Deville a fait un véritable pas de géant. Full Speed,
d’après M. Stewart, nous le montre absolument transformé,
et nous promet un habile graveur de plus.

Il est regrettable que les illustrations de M. Champol-
lion pour Ruy Blas pèchent par la sécheresse.

A la fontaine, un fusain de M. Léon Lhermitte, a servi
à M. Focillon à se montrer sous un meilleur jour que par
le passé.

On doit à M. Béguin une bonne planche d’après l’Es-
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