Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1915-1917(1918)

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LE COMTE DE FORBIN

ET

LE « RADEAU DE LA MÉDUSE »

Le 27 mai 1823.

Monseigneur,

On a souvent adressé à l’administration des arts le
reproche de ne pas encourager exclusivement le genre
historique, qui ne peut trouver de protection que chez le
Gouvernement. J’ai souvent entendu citer à l’appui de
cette critique peu fondée un ouvrage important d’une
composition hardie, d’une exécution large, vigoureuse, et
qui promet à la France un habile artiste de plus. Le Nau-
frage de la Méduse, tableau de près de vingt pieds, prouve
que son auteur, M. Géricault, a puisé dans les ouvrages
de Michel-Ange le grandiose qui ne plaît pas à la multi-
tude, mais qui constitue le véritable peintre d’histoire.
On ne put pas acheter ce tableau en 1819, époque de son
exposition et de son succès, surtout chez les artistes.
M. Géricault montra cet ouvrage à Londres, et son désir
le plus vif était qu’il fût à son retour acquis pour la col-
lection de Sa Majesté, où cette autre production tiendrait
une place fort distinguée. Ce sujet, qui représente un
grand désastre et qui montre l’homme luttant contre une
mort cruelle, est plutôt un hommage à la Providence
qu’une critique de l’inertie qui les livrait à ce danger.
M. Géricault est tout à fait découragé par l’espèce d’aban-
don dans lequel on laisse son tableau, qu’il offre depuis
deux ans de céder pour 5 ou 6 000 francs : c’est ce qu’on
paye aujourd’hui un petit tableau de genre. J’ai été trop
frappé de ce contraste pour ne pas être obligé de le signa-
ler à Votre Excellence.
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