Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

sentiment de 1 infini. Du pins loin qu'au fond des campagnes vous aperceviez la maison de
Dieu, sa masse imposante, élevée au dessus de toutes les maisons des hommes et détachée sur
le ciel, vous rappelait les pensées éternelles qui doivent dominer la vie d'un jour. Dans l'enceinte
des villes pouviez-vous longtemps vous mêler à la foule agitée sans voir surgir devant vous les
murs du saint édifice couverts de sculptures d'où descendaient de divins enseignements. Si vous
passiez devant la porte occidentale, un spectacle majestueux vous faisait souvenir de votre
néant, et vous retraçait vos destinées. On eût dit la création tout entière agenouillée devant
son auteur. Mais si à cet aspect la terreur saisissait votre âme, des portes brillantes vous ou-
vraient l'asile de la prière et du pardon, en attendant que les autres portes dont elles offraient
l'image vous ouvrissent l'entrée du lieu des récompenses. Pénétriez-vous dans le lieu saint,
en vérité, vous n'étiez plus sur la terre. Rien qui ressemblât à la lumière qui préside aux
travaux des hommes, rien qui rappelât les humbles demeures où s'écoule la vie mortelle, rien
qui parlât des passions aux cœurs qu'elles consument. Gomment ne pas se sentir cendre et
poussière devant Dieu, au pied de ces gigantesques piliers, sous ces voûtes suspendues
à tant de hauteur ? Gomment ne pas se recueillir dans des pensées de foi à la lumière de ces
peintures vivifiées par les rayons du jour, et mystérieuses comme de lointaines visions d'un
monde meilleur? Nulle part dans un édifice religieux inspiré par le génie chrétien vous n'eus-
siez pu tout découvrir du premier regard. La variété fécondait ses œuvres sans que l'oubli de
l'unité ouvrît l'accès au désordre. A la magnificence et à la beauté se joignait l'imprévu. On
entrevoyait l'immense, on pressentait l'infini, Dieu se révélait à l'homme.
Mais il est, si l'on peut s'exprimer ainsi, deux infinis dans la nature. Au dessous de l'infini
en grandeur se découvre l'infini en petitesse, et ces deux termes extrêmes doivent se refléter
plus que partout ailleurs dans l'art appelé à réveiller en l'homme le souvenir de Dieu. Qu'a-
près avoir sondé du regard les abîmes du firmament, et vainement cherché la dernière des
étoiles semées dans l'immensité, l'on abaisse les yeux sur le brin d'herbe, la science y fait dé-
couvrir de nouveaux mondes dont les dernières limites sont également inaccessibles aux
sens. Voilà ce que, par une émulation sublime, l'art, ce hardi copiste du Créateur, avait su
imiter dans les édifices religieux du moyen âge.
Pénétré du sentiment de l'immensité divine à l'aspect d'une basilique, si vous approchiez
du saint des saints, n'était-ce pas aussi en quelque sorte un monde nouveau qui s'ouvrait de-
vant vous. Sur votre tête étaient suspendues les larges couronnes de lumières. Non loin s'épa-
nouissait le grand candélabre à branches. Au dessus de l'autel s'élançait le ciborium où pla-
nait la colombe ; la croix couronnait le dôme ; de riches voiles séparaient les colonnes ; le devant
d'autel était une table d'or étincelante de pierreries, et au fond du sanctuaire resplendissaient
en amphithéâtre les châsses des saints. Or qu'était une châsse antique, sinon une basilique ren-
èrmée dans une autre? l'équivalent dans le monde des infiniment petits de ce que l'art avait
de plus parfait dans le monde des infiniment grands? De même que plus vous aviez contem
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