Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

Page: 207
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CRUCIFIX DE LOTHAIRE,
A AIX-LA-CHAPELLE,
(PLANCHE XXXII.)
On a vu dans la planche précédente le revers de cette croix d'or, orné de diverses pierre-
ries, et le pied sur lequel on l'a dressée bien des siècles après l'exécution de la partie princi-
pale. Sur la face que nous avons réservée pour ce mémoire, l'artiste a eu la bonne pensée de
n'admettre aucune espèce d'ornement, si ce n'est le cordon extérieur : sobre jusqu'à l'austé-
rité, il a réussi à produire une œuvre aussi noble que simple. Cette grande croix d'or haute
d'environ cinquante centimètres (sans le pied), et large de trente-six à peu près (à la traverse
des bras), où toutes les figures ne sont tracées que par un coup de burin ferme et large, offre
un spectacle grave et presque sévère qui ressort d'autant mieux par l'opposition des orne-
ments un peu coquets dont le quatorzième siècle a composé son support actuel. Pour que
l'on puisse se rendre compte de l'effet produit par les lignes que l'artiste inconnu a gravées
sur cette surface toute unie, nous avons joint à l'ensemble réduit plusieurs détails exécutés
dans la même dimension que l'original, et qui peuvent être considérés comme de véritables
calques.
Mais, après cet aspect général, nous verrons que les diverses parties prêtent à des études
intéressantes pour l'histoire de l'iconographie.
I.
DES CRUCIFIX ANTÉRIEURS AU DIXIÉME SIÈCLE.
i. Personne n'ignore que les premiers prédicateurs de l'Évangile, ayant à briser les habi-
tudes d'un monde idolâtre, tinrent longtemps à l'écart, comme en une quarantaine exigée
par le salut public, les arts qui avaient précipité la marche de la superstition et de l'impudeur
antiques. La religion de Jésus-Christ, durant plusieurs siècles, ne se relâcha que peu à peu
de la rigueur qu'avait observée la loi de Moïse envers la peinture et les arts plastiques, dans
son antagonisme presque farouche, contre l'idolâtrie et l'immoralité universelle. Aussi la
statuaire surtout, qui avait été le principal instrument du culte païen, ne fut-elle admise que
très lentement au service du christianisme. Il fallait donner aux esprits le temps de reléguer
les dieux de pierre, de bois et de métal parmi les monuments d'un art distingué, mais d'une
société éteinte; les idoles devaient quitter leurs temples pour n'être plus qu'un objet de
décoration civile, avant que l'Église reçût des statues qui parussent rappeler les images gra-
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