Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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IVOIRES SCULPTÉS. PI. X.

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teurs. Tout cela prépare avec une habileté remarquable le moment violent que l'artiste a su
s'interdire, confiant au spectateur la recherche de ce que pouvait être ce dernier éclat dont
tous les éléments sont rassemblés et commencent, pour ainsi parler, à prendre feu.
On appréciera d'autant mieux tout ce qu'il y a de convenances morales et artistiques
observées et mises en œuvre dans cette composition d'un âge de décadence, si l'on fait atten-
tion à la manière dont ce même fait a été représenté tout récemment sur les portes de bronze
de la Madeleine à Paris. J'écarte en ce moment tout ce qui pourrait être dit sur le choix gé-
néral du sujet adopté pour cette partie de l'ormentation dans le plus somptueux édifice reli-
gieux que le gouvernement de la France ait élevé au dix-neuvième siècle. C'est une question
à réserver entière, et à traiter de plus haut; il ne s'agit ici que de comparer une scène du
vantail gauche au bas-relief que nous étudions, et d'examiner ce que l'un des maîtres aurait
pu apprendre de l'autre. Nul doute que pour le maniement de la matière, l'habileté de l'œii
ou de la main, et tout ce qui se recueille dans l'atelier, l'artiste français du dix-neuvième siècle
ne l'emporte, en somme, de beaucoup sur le ciseleur italien du neuvième ou huitième siècle.
La cire et le bronze de notre contemporain obéissent à un regard et à des doigts dont l'édu-
cation pratique est plus avancée sans contredit : on y remarque un choix des formes et une
sûreté d'exécution qui annonce un homme dont les études d'académie sont faites, et qui maî-
trise le technique de son art. Le sculpteur du moyen âge au contraire, cela est évident, est un
écolier beaucoup moins fait : le nu n'a pas pris assez de place dans ses études préparatoires ;
la vérité et la noblesse des poses, le choix et même la simple imitation des formes glissent
sous sa main vers ou vers la et l'on peut parier à coup sûr que, placé de-
vant un modèle près de notre compatriote moderne, il n'aurait pas eu les honneurs du concours.
Mais si l'art n'est pas tout entier dans le coup de crayon, de ciseau ou d'ébauchoir; si l'étude
de la figure et le maniement de la matière ne complètent pas tout ce qui fait l'artiste, il reste
encore au moins un sujet d'examen, la composition. Prenons-la dans le sens le plus élevé : le
choix des situations et l'observation des convenances, c'est à dire les mœurs, la poésie et le
drame. Il est douteux alors que le ciseleur du neuvième siècle ait le dessous ; et par une
singularité qui n'est point rare au moyen âge, vaincu comme écolier, il prend compiétement
sa revanche comme maître. Est-ce sérieusement que pour les portes de la Madeleine on
s'est arrêté à la pensée de représenter Nathan reçu par David et Bethsabée qui sont côte à
côte sur leur lit, médiocrement vêtus (et le moins nu est David) ? Bethsabée se voile le visage
de ses deux mains; — est-ce confusion ou pudeur? — Mais bon nombre de Vénus antiques
sont plus pudiques que cela ; et la pudeur devrait être plus impérieuse que la confusion.
Cependant le prophète, que cette réception n'a point effarouché, s'est avancé jusqu'au pied du
lit près de l'endroit où gît le nouveau né ; et là„ étendant le bras droit et l'index presque sur ia
tête des époux, il semble vouloir les chasser immédiatement du palais. Or si Nathan a été
reçu de la sorte par les adultères, il n'a pas pu tenir le discours calme et voilé que
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