Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

qui nous agite ou nous fixe. Dans cette dissemblance il faut savoir nous récuser, et renvoyer
bien des fois ces hommes étranges du passé pardevant leurs pairs. Où trouverons-nous des té-
moignages admissibles pour leur cause si ce n'est parmi leurs contemporains^ ou chez les
prédécesseurs à l'école desquels ils s'étaient formés?
Que si nous tenons à une expertise concluante, un texte quelconque ne nous satisfera point :
nous exigerons que l'écrivain soit d'un rang à avoir pu faire prévaloir ses doctrines ou à re-
présenter celles de l'âge et de la contrée dont il s'agit. Mais en outre, comme le mysticisme
est extrêmement libre dans ses allures, et qu'un Père même de l'Église ne fait point loi pour
un autre en ce genre,, il est clair que l'accord d'un monument avec le dire d'un auteur ecclé-
siastique distingué peut être tout à fait fortuit et fondé sur de pures apparences. Le hasard ou
l'adresse d'un compilateur peut faire toute la merveille de ce rapprochement, sans que nul
soit tenu d'y reconnaître une parenté réelle. Il conviendra donc de réunir sur chaque point un
certain nombre de témoignages dont l'accord puisse établir que les idées adoptées par l'in-
terprète moderne étaient bien réellement dominantes autour de l'artiste, et faisaient partie
du domaine commun où devait puiser celui-ci. La nécessité de citations nombreuses pourra
disparaître lorsque les lecteurs seront plus familiarisés avec la littérature ecclésiastique ; mais
quant à ceux qui ouvrent la route, c'est à dire pendant plusieurs années encore, l'abondance
des documents peut seule faire accepter de leur main des pensées trop nouvelles, et par con-
séquent trop singulières pour notre public.
A qui ne reculerait point devant les difficultés de la route si elles doivent lui assurer la pos-
session du but, nous indiquerons une condition nouvelle à remplir. Que la comparaison des
textes soit appuyée et corroborée par celle des monuments. Nul monumentaliste n'ignore qu'un
fait isolé peut souvent se prêter à des interprétations bien diverses ; mais rapproché d'un autre
fait qui soit parti de la même source sans avoir pris absolument la même direction, il en re-
çoit et lui communique presque toujours une lumière irrésistible. Les deux monuments s'é-
clairent l'un l'autre, leurs diversités se complètent réciproquement; et l'on pourrait dire que
ce qu'ils ont de différent est aussi fécond que leurs ressemblances. C'est par là que se fixe ce
que l'un et l'autre auraient eu de vague et d'indécis s'ils fussent restés séparés. L'étude de
l'antiquité profane s'est avancée mille fois par ce genre de parallèles qui ont tranché plus
d'une discussion longtemps demeurée pendante. Cette expérience ne doit pas être perdue pour
nous, si nous tenons à ne produire que des solutions ayant force de chose jugée. Or tout autre
résultat ressemble trop à un simple passetemps pour justifier l'emploi des heures qu'il au-
rait coûtées.

CHARLES CAHIER.
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