Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

Page: 163
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/cahier1849bd1_1/0183
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
FAUTEUIL DE DAGOBERT. PI. XXVI.

163

poser à ce qu'on s'aperçût de l'absence d'une partie de l'or. Il avait employé ce résidu à la
d'une co/jû? CM du même objet. '
Voilà certainement ce qu'a dit S. Ouen, ou du moins ce qu'il a voulu raconter. Rien, dans
les expressions qu'il a employées, ne s'oppose à la version qui vient d'être développée, et sans
cette explication le texte n'olîre qu'un tissu d'invraisemblances. Si le lecteur accepte notre
interprétation il n'éprouvera désormais aucune diûiculté à reconnaître dans l'objet conservé
pendant douze siècles à Saint-Denis la que S. Éloi avait trouvé le moyen de
t/wcr par dessus le marché. Le plus précieux de ces trônes a disparu comme la plupart des
meubles dont la matière était de nature à exciter la cupidité. La copie, qui, à une époque
sans doute très rapprochée de son origine, fut déposée dans le monastère fondé par le fils de
Clotaire II, s'est conservée à cause du peu de valeur du métal dont elle se compose. Si c'est
Dagobert I" qui l'a donnée à l'abbaye de Saint-Denis, il n'est pas étonnant que le nom de ce
prince y soit resté attaché.
Après cela, que la prestation de l'hommage, ou toute autre cérémonie analogue qu'on célé-
brait dans les temps mérovingiens lors de l'avénement des princes, ait eu lieu à Saint-Denis
ou ailleurs, qu'on y ait employé,, ou l'original en or ou la copie en bronze doré, ce sont là des
questions purement accessoires, et dont la solution, si elle était possible, ne changerait rien à
l'authenticité de la tradition.
C'est pour ces motifs que nous nous croyons autorisé à considérer le siège de Dagobert,
restauré à Saint-Denis par Suger, comme l'ouvrage de S. Éloi.

* Pour justifier l'opinion que j'ai ici avancée, j'ai dû recourir
au témoignage des hommes spéciaux, et voici la note que me
fournit à ce sujet l'un de nos plus habiles métallurgistes :
« 1" L'or lin, c'est à dire au titre de 23 karats sÇgs à 2A
karats, n'ayant aucune solidité lorsqu'on le met en œuvre, il
doit être combiné avec une certaine proportion d'alliage, dont
le minimum est en orfèvrerie de 1,9 karat. Car au dessous
l'or aurait une ductilité et une mollesse trop grande. Toutefois
lorsqu'on se propose de fabriquer quelque pièce solide, la
proportion doit être plus forte, et la proportion d'alliage est
alors généralement de 2 à 3 karats. Dans l'ancienne orfèvrerie
on avait adopté le titre de 20 karats pour l'or ouvrable.
« 2° Le degré d'erreur que l'on commet, en se bornant à
l'usage de la pierre de touche, pour juger du titre de l'or, est
assez variable, pareequ'il est subordonné à la nature de l'acide
nitrique et à l'habitude plus ou moins grande de l'essayeur.
En général, on se sert de la pierre de touche pour s'assurer
si l'or est 6 <25 ou MM titre, ce qui comprend une limite d'er-
reurs de A à 5 karats. Mais le coup d'œil exercé et l'emploi
d'un acide bien concentré accusent le titre avec une exactitude
beaucoup plus grande. Il y a certaines personnes qui saisissent
des différences de 2 à 3 karats rien qu'avec la pierre de tou-
che. Mais l'usage de la coMpedatioM a diminué beaucoup la
sagacité dans l'emploi de la touche, et ce n'est plus que parmi
les orfèvres qu'on rencontre cette aptitude. On assure que

quelques personnes jugent presque aussi bien en regardant la
ligne de touche que par la coupellation. Je n'en ai jamais
rencontrées. "
Ainsi, en supposant que S. Éloi eût reçu vingt-quatre livres
d'or pour fabriquer un siège de cette matière, afin de donner
à son œuvre la solidité nécessaire, il était obligé d'en retire!
au moins une fivre et demie, qu'il fallait remplacer par l'al-
liage : et tout en livrant un siège du poids rigoureusement
exact de vingt-quatre livres, il lui restait une livre et demie
d'or pur qui lui suffisait amplement à dorer un autre siège
de grande dimension, sans pour cela que l'épreuve de la pierre
de touche appliquée au premier pût donner l'idée d'une alté-
ration dans la pureté de la matière. Quant à la preuve qu'avant
S. Éloi, pour les objets fabriqués en or, on poussait l'affinage
aussi loin que possible, il suffit de citer le calice et la table d'or
trouvés à Gourdon en 18À6 (Rossignol, Lettre d M. de 5cd-
utmdp, SM?* te Trésor de GoMrdon. Remte MMmfsmMtfqMe,
18A8, p. 126), et qui font aujourd'hui partie des collections
de la Bibliothèque Nationale. Ces objets, qui remontent au
moins à l'époque de Clovis et de Sigismond, fils de Gonde-
baud, sont dépourvus de toute solidité, précisément à cause
de l'extrême pureté de l'or dont ils se composent ; si l'on avait
fabriqué avec une matière aussi fine un trône comme celui de
Dagobert, il se serait immédiatement affaissé et déformé sous
la pression de celui qui s'y serait assis.
loading ...