Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 3,4): Nouveaux mélanges ... sur l'moyen âge. Bibliothèques — Paris, 1877

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

pris soin, dans ses lois, d'assurer l'instruction du peuple*. Citons quelques preuves, en
écartant ce qui regarderait exclusivement l'éducation des jeunes clercs.
1 serait fastidieux d'énumérer les décrets de conciles qui insistent sur l'im-
portance des écoles, même pour la campagne. Cependant on ne saurait les
omettre tout à fait sans tronquer abusivement cette matière.
Le 5° des neuf canons attribués au sixième concile général (3° de Constan-
tinople en 680) enjoint aux prêtres de la campagne de diriger les écoles, et
d'y admettre tous ceux qui s'y présentent, sans exiger aucun salaire**. Théo-


Quand Boccace, dans cette anecdote
dont je parierai plus tard, et dont on a
si fort abusé (Benvenuto da imoia, Com-
meMhMre sur Haute, ap. Muratori, AuM-
yuR. JM., diss. 18), accuse ies moines du
mont Cassin d'avoir mutiié ieurs livres
pour en faire des psautiers qu'ils ven-
daient aux femmes et aux enfants, cette
narration montre au moins une chose re-
marquable (la seule que n'y aient pas re-
marquée ceux qui l'exploitent), qui est
que les femmes (je ne dis pas les pay-
saunes, sans nulle exception) savaient
lire. Aussi était-ce un usage fréquent au
moyen âge, que de représenter les da-
mes avec un psautier entre les mains.
Sur cette coutume, voyez les curieuses
notes de M. Zappcrt, VRa Æ. Pefrt
AcofawM (Vienne, 1839), n° 6— Hist. lit-
téraire de la France, t. XXIV, p. 724.
Les ouvrages populaires publiés par
l'imprimerie dès sou origine, et parti-
culièrement les pamphlets répandus par
Luther et ses disciples, constatent en-
core l'existence d'une certaine instruc-
tion parmi le peuple. Car enfin, tout cela
comptait sur des lecteurs formés avant le
luthéranisme; et formés par qui? si ce
n'est par les écoles ecclésiastiques, seu-
les qui existassent alors.
1. 11 faudrait que notre siècle fut des-
cendu bien bas en fait d'études histori-
ques , pour avoir besoin d'apprendre
que l'Église est l'ennemie née de l'igno-
rance, et la seule vraie conservatrice de
la science. Mais, puisque les préjugés
antireligieux sont devenus à la longue
des axiomes, il n'est pas inutile de faire
remarquer, gà et là, par quelles manœu-
vres tantôt perfides, tantôt malavisées,
on a conduit la masse des parleurs et desécrivains aux asser-
tions absurdes qui courent aujourd hui le monde. Le Bullaire
de Lyon, parexemple^aynumbullarium romanum.... apus
a&soJMffsswMMw: Laertii Cherubini, Lugduni, 1673), a retran-
ché du nombre des constitutions papales, non-seulement ce
qui concerne les doctrines formulées depuis dans nos quatre
artfetes de 1682, mais à peu près tout ce quia rapport à l'en-
seignement, aux universités, etc. Cf. Nardi, op. c., cap. X —
Voir le Bullaire (un peuplus ample sans être complet) de Mai-
nardi (Cocquelines, etc. ; Rome, 1733, etc.), avis en tète des
t. letVH. —Guerra, Consfifat. (apost.)epitome,Venet.,1722.

Que ne retranchait-on aussi du droit canon les expres-
sions suivantes? « Ignorantia mater cunctorum erro-
rum, etc. — Si in laicis vix tolerabilis videtur inscitia, etc.
(Distinct. 38.) a L'Église a toujours prétendu surveiller
l'enseignement quelconque, afin d'empêcher que l'étude
ne se tournât en poison pour la société ; mais à cette sur-
veillance elle n'a jamais manqué de joindre tout l'empres-
sement possible pour activer les intelligences. Qui ne sait
que les anciennes universités furent fondées par les papes,
et que les biens ecclésiastiques furent affectés à leur soutien,
là même où l'enseignement théologique n'en faisait point
partie?— Cf. Nardi, t. e. (Godefroi Hermant) OôserrafMus
MMporfaKfes sur ta requête prëseutëe au cousett da Roy par
tes .y'ësattes Je 11 de mars 1643; ch. iv, p. 88, etc.
Le P. Theiner avait voulu traiter ce sujet dans son LKs-
totre des semMuafres ; mais il l'a fait d'une fagon bien incom-
plète, et comme un néophyte assez mal converti, ou vou-
lant faire valoir sa conversion sans trop de frais. D'ailleurs
avait-il un cerveau propre à autre chose que des com-
pilations matérielles? Érudit qui juge avec bon sens in-
formé comme il faut, et copiste qui amasseront deux hom-
mes très-différents qu'on ne saurait confondre sans fâcheuse
erreur.
2. Nardi, op. c., cap. 22. — Cette ordonnance ayant été
répétée cent fois dans les capitulaires et dans les conciles,
il ne faut pas s'attendre que tous ces décrets soient enre-
gistrés ici; ajoutons-en seulement quelques autres exem-
ples qu'il eût été facile de multiplier. Concile de Mayence
(813, can. 43). « Filios suos donent ad scholam, sive ad
« monasteria, sive foras presbyteris, etc. H — Capitulaire de
Thionville (803), 3. t< De compoto ut veraciter discant om-
« nés. De medicinali arte ut infantes hanc discere mittan
K tur. " — Concile de Rome (826), sous Eugène H. « De qui-
<f busdam locis ad nos refertur non magistros neque curam
t< inveniri pro studio litterarum. Idcirco in universis epis-
t< copiis, subjectisque plebibus, et aliis in locis in quibus
« nécessitas occurrerit, omnino cura et diligentia habeatur
« ut magistri et doctores constituantur : qui studia littera-
« rum, liberaliumque artium ac sancta habentes dogmata,
c assidue doceant, etc. a L'addition de Léon IV (« et si
liberalium præceptores in plebibus, ut assolet, raro inve-
niuntur, tamen divinæ scripturæ magistri, etc. a) montre
qu'on s'était proposé de véritables écoles populaires ; et
qu'on ne se réduisait pas au catéchisme pour le peuple, ou
à l'éducation littéraire des clercs exclusivement, sans I im-
possibilité d'obtenir mieux.—Concile de Paris (829) can. 30;
mais celui-ci pourrait absolument ne regarder que les
jeunes gens destinés à la prêtrise. Il renferme du reste des
dispositions remarquables, comme les exercices publics à
faire subir aux élèves devant le concile quand il se réunira.
—Concile de Langres, etc. (839), can. fO. « Ut scholæ sanc-
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