Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 3,4): Nouveaux mélanges ... sur l'moyen âge. Bibliothèques — Paris, 1877

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MÉLANGES D ARCHÉOLOGiE.


otre France (ri!e-de-France),auxm° siècle, nomme l'art des miniatu-
ristes Elle les fait appeler et donne si bien le ton
dans la miniature, de 1250 à 1360, que ptusieurs beaux manuscrits
étningerëyé7af?'éy, à dater de cette époque, sont écrits en langue
française; ou avec traduction française, soit continue, soit intermit-
tente^. La diffusion de la langue française, occasionnée par les
croisades, par les guerres d'Italie, par les princes français d'Es-
pagme, des Deux-Siciles, de Hongrie, d'Angleterre et de Flandre,
par les poésies de nos romanciers et trouvères, etc., a dû sans
doute y contribuer beaucoup. Du reste la France (y compris les
Flandres, etc., sous les ducs de Bourg-ogne) se maintint en première ligne, dans cet art,
.jusqu'au xvi" siècle. L'Allemagne, au xnf siècle, ne tient pas en présence des autres nations.
Les cathédrales de Strasbourg, de Cologme et de Fribourg, annoncent, il est vrai (sous
l'impulsion française), un développement remarquable chez les artistes de cette nation; et
plus tard l'école de Cologne prouve que les Allemands pouvaient devenir peintres, quoi qu'on
ait dit. Mais quelles qu'en soient les causes, leurs miniatures, durant la période qui nous
occupe, montrent peu d'expression, un dessin incorrect, et des visages sans individualité.
Cependant plusieurs détails* donnent lieu de supposer aux enlumineurs allemands une
éducation artistique commune avec la France et les Pays-Bas.
La peinture européenne, entre 1250 et 1360, acquiert une grâce qui va toujours croissant,
et qui certainement n'était pas empruntée à Byzance. Cependant le dessin, qui se développe
excède parfois dans son désir de marquer les articulations, et tombe dans le wc. Le type des
visages est d'abord un petit ovale effilé, qui acquiert plus d'ampleur vers la fin de cette
période. Le nez, aminci et pointu, se raccourcit avec le temps; la bouche, d'abord assez
g'rande, se rapetisse ensuite. Les yeux dilatés et effarés se maintiennent. Les mains, après
avoir été trop petites, excèdent plutôt en grandeur; tandis que les pieds sont généralement
fort au-dessous de leur dimension naturelle. Les nez larges et fortement arqués se retrou-
vent souvent encore comme symbole de méchanceté. Cependant, au lieu de ces types djwMn,
les traits commencent à s'empreindre d'individualité L L'effort pour exprimer sur le visage

t. Cf. swpra, p. 141, etc.
2. Dante, xi :
O, dissi lui, non se' tuOderisi
L'onor d'Agobbio, e l'onor di quell'arte
Ch'aMMWMHare è chiamata in Farisi?
Lanzi reconnaît l'origine française de ce mot italien; et
Denina a fait remarquer quelque part, dans son Rlsiloh-e cfe
l'RaHe occidentale, que cette dénomination, partie de la
France, annonçait une véritable supériorité des miniateurs
français : soit pour le talent, soit pour le nombre. Nous
avons vu d'ailleurs (§ xxm, p. 121) l'étudiant parisien dé-
penser fargent de son père en enluminures, comme en
toilette.
3. Hss. p-. 7331; Suppl. pâme. n°632, 4 bis; et plus tard:
Cf. Valéry, Op. c. xx, 3.
4. Voyez la collection des Afinnesænger de Maness; <Mss.
prune. 7266.
Sur les miniatures du Nord, voir Waagen, DentscAland,
Wien. — Plattner et Bunsen, ÆesdireiéMMi? der.Stadt Rom,
t. 11, p. 348, etc. Le commandant Stengei, l'un des plus.

consciencieux collaborateurs de M. le comte Auguste de
Baslard, jugeait que l'Allemagne déchoit tout à coup dans
l'art à l'époque du ReiclispaitMnty (vers 1270).
Pour la Bohême, qui devait avoir éprouvé, plus que
tout autre contrée, l'influence constante des artistes grecs,
nous avons peu de monuments à citer dans nos bibliothèques
occidentales. Mais le catalogue de la biblitohèque impériale
à Vienne (Lambecius, etc.) en donnerait une certaine idée.
M. Waagen, du reste (Kunstdenkmæler in Wien), en parle
avec quelque détail ; sauf qu'il commence à peu près au
xiv° siècle, ce qui est bien moderne pour les hommes dé-
sireux d'entrevoir l'origine et le développement progressif
des écoles ou ateliers (scripforia), avec l'influence de cer-
tains maîtres hors ligne.
8. Ce qu'on dit de certains types, et de la tendance à indi-
vidualiser les visages à certaines époques de l'art, ne doit
pas tellement s'entendre qu'on suppose l'étude du portrait
comme tout-à-fait étrangère au moyen âge et au deux siècles
qui ont précédé Giotto. La religion et les sentiments qu'elle
consacre contribuèrent à l'entretenir. Nous trouvons, dès
le iv" siècle, le portrait de saint Mélèce énormément multi-
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