Le charivari — 53.1884

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LE CHARIVARI

Les ateliers du charivari étant fermés le Jour de
la Pentecôte, le journal ne paraîtrapas demain lundi.

BULLETIN POLITIQUE

Le hasard semble prendre à tâche de fournir des
arguments aux défenseurs du divorce.

Vous avez lu ce procès de Beaulieu où une femme,
qui avait tiré un coup de revolver sur son mari qui
la trompait, vient d'être acquittée par le jury avec
applaudissements.

Supposez le divorce rétabli. Cette femme n’en
était plus réduite à se faire justice elle-même. Les
jurés n’étaient plus forcés de proclamer, en quelque
sorte, la liberté de l’assassinat.

Et chaque jour de semblables scènes se renouvel-
lent. Chaque jour, le mariage muré met aux prises
des êtres que la haine pousse au crime.

J’ignore quelle peut bien être, sur le divorce, l'o-
pinion de M. l’avocat Rousse qui a défendu et fait
acquitter Mmo de Beaulieu. Je ne comprendrais pas
qu’après avoir plaidé le droit de meurtre légitime, un
homme pùt contester le droit de légitime délivrance.

Cependant, n’avons-nous pas vu monsieur Allou
répudier devant le Sénat tout le passé de maître
Allou. Car nous nous souvenons que M° Allou,
dans dix plaidoiries restées célèbres, décrivit avec
éloquence le bagne des mauvais ménages.

Comme le Charivari l’a rappelé déjà, ce fut lui
notamment qui fit valoir avec opiniâtreté les re_
vendications de Mrao de Bauffremout, aujourd’hui
divorcée malgré cette loi française que son ancien
avocat paraît maintenant trouver admirable.

Et pour quelle raison M. Allou s’oppose-t-il au
divorce ? On n’en avait pas encore donné une de
cette fantaisie-là. C’est au nom des races latines
que M. Allou proteste.

On se demande ce que diable les races latines
peuvent bien venir faire dans le débat.

M. Allou les a fait intervenir pour tâcher de parer
une riposte qu’il prévoyait.

Tous ces déclamateurs sentimentalistesqui vouent,
de gaieté de cœur, des innocents et des innocentes
au plus effroyable des martyres, tous ces pseudo-mo-
ralistes qui dans le mariage tel qu’il est patronnent
la plus etfroyable des immoralités, parlent — nous
l’avons fait remarquer — comme si le divorce n’a-
vait été expérimenté nulle part.

M. Allou qui, en sa qualité d’ancien membre du
barreau, est tenu d’être un peu plus renseigné là-
dessus que les autres, s’est souvenu comme par
hasard que le divorce fonctionne dans les trois
quarts de l’Europe.

C’est alors qu’il a imaginé le coup des races lati-
nes, pendant naïf du coup du Commandeur.

Eh bien ! oui, il ne dit pas le contraire, — oui, on
divorce dans d'autres pays.

Mais ces pays-là sont germains et saxons, habités
par des races germaines et saxonnes ! Tandis que
chez nous c’est la race latine qui fleurit !

Or, la race latine ne peut pas divorcer...

Pourquoi?

On connaît la vieille histoire du remède qui était '

bon pour les maçons et mauvais pour les serruriers.
Le raisonnement est absolument de la même force.

Supposez que nous n’ayons pas perdu notre chère
Alsace. M. Allou l’engloberait-il parmi les races la-
tines ? Non.

Eh bien ! alors, au nom de sa dialectique baroque,
il faudrait qu'il demandât le rétablissement du di-
vorce pour certains départements français, à l’exclu-
sion de certains autres.

Voilà à quoi un homme d’un grand talent peut
être conduit quand il entreprend de soutenir une
cause injuste.

Cette théorie des races latines, incapables de sup-
porter sans bacchanales le divorce dont s’accommo-
dent admirablement les vertueux Saxons et les
chastes Germains, serait une insulte à notre pays,
s’il était possible de prendre au sérieux cette drôle-
rie, qui n’est justiciable que du rire.

Comme si chez tous les peuples il n’y avait pas
des tempéraments de tous les genres ! Comme si telle
nation avait le privilège du bien, telle autre du mal!

Vieilles sornettes, dignes du touriste à calembre-
daines qui, parce qu’il avait rencontré une rousse
quelque part, écrivait sur son carnet :

« Dans ce pays toutes les femmes sont rousses. »

Ainsi, toujours les adversaires du divorce ont, au
cours de la discussion, battu les buissons à côté.

Les plus illustres, les plus éloquents, n’ont trouvé
à opposer que des enfantillages ou des nébulosités
aux solides arguments de ceux qui combattaient le
bon combat.

Quant au gouvernement, son attitude de demi-
mesure n’a pas eu toute l’énergie désirable.

Mais c’est déjà quelque chose qu’il se soit décidé
à sortir de la neutralité injustifiable dans laquelle il
s’était jusqu’ici renfermé, à rompre le silence inex-
plicable qu’il s’était si singulièrement imposé.

La preuve qu’il a sagement agi, la majorité répu-
blicaine du SéDat la lui a donnée, en adoptant par
lo4 voix contre 114,1e principe même de la loi en
discussion, c’est-à-dire l’abrogation de la loi de 1816
qui supprimait le titre VI du Gole civil.

Ce qui veut dire dès à présent que le divorce
sera. Il n’en peut plus être autrement.

Si le Sénat, à l’heure où monte le flot des haines
qui le veut submerger, avait entendu fournir une
preuve de plus aux ennemis qui proclament son
inutilité, c’était son affaire.

Le divorce n’était pas perdu pour cela.

C’est le Sénat qui eût été le seul condamné à mort.

Le divorce fût revenu devant la Chambre et l’as-
saut aurait été irrésistible, car l’opinion publique
aurait battu la charge.

Pierre Véron.

<D T P TT 7? T\T V rTrrP V ’C?

Jw J. u X«L Jli JAI Jh J, J> Jl* Ci

Ah ! grand Dieu ! en auraient-ils poussé des cris
d’indignation, ces bons cléricaux, si c’eût été un
député de la gauche, un républicain qui fût mort de
si piteuse façon !

Vous avez vu le récit des faits-divers?

Il touchait à la soixantaine. Il siégeait à droite
parmi les purs. Ce qui ne l’a pas empêché de faire
de la galanterie foraine.

Le plein vent a des attraits spéciaux. Par ces
soirs d’été, les âmes tendres sont exaltées par la
contemplation du ciel semé d’étoiles. Et dame !
quand l’amour nous tient, quelles folies ne fait-on
pas !

Cela avait commencé en idylle enfantine. Une
partie de chevaux de bois avec une demoiselle de
rencontre.

On se représente assez mal ce législateur grave
tournant, aux sons de l’orgue de Barbarie, avec la
jeune personne de ses pensées.

Mais l’incognito semblait protéger cette cavalcade,
si tout à coup le drame ne s’était mêlé au vaude-
ville.

Le député ami de l’ordre, mais fantaisiste tout de
même, s’en va chez la belle. L’apoplexie le prend
au milieu de la déclaration. Et voilà toute l’aven-
ture ébruitée.

Nous n’en voulons tirer d’autre morale que celle-
ci : Journaux pieux, journaux de trône et d’autel,
perdez donc la vilaine habitude de vous en prendre
au parti républicain tout entier, quand il arrive par
hasard qu’un de ses membres soit pris en flagrant
délit de défaillance morale.

Voyez comme les représailles seraient faciles, si
l’on voulait 1

Le silence est d’or.

M. Paul Langlois n’a pas, je crois, su se pénétrer
suffisamment de cette vérité. Sans quoi il n’aurait
pas écrit au jury du Salon la lettre qui a fait le tour
de la presse.

Ce jury malmené n’a accordé qu’une mention ho-
norable à M. Paul Langlois pour le portrait de son
père, qui est, je le constate volontiers, une œuvre
méritante.

Mais ce n’était pas une raison pour protester avec
éclat.

Du moment où un artiste expose, par ce seul fait
il accepte le îèglement avec toutes ses conséquen-
ces.

Par conséquent aussi il se soumet d’avance aux
décisions du jury, qu’il sait devoir être élu dans les
conditions indiquées préalablement.

M. Langlois écrit :

« Je ne suis pas dé ceux qui condamnent systé-
matiquement la mention honorable et qui n’y voient
pas autre chose qu’un moyen de sauvegarder la po-
pularité des jurés élus en consolant de temps à
autre, par une légère satisfaction, un certain nom-
bre d’électeurs. A mon avis, cette récompense, qui
n’en est pas une, peut rendre des services, soit en
comblant de joie les jeunes et jolies pensionnaires
des couvents ou des lycées de jeunes filles qui vont
fleurir l’œillet et le coquelicot sur des assiettes de
porcelaine ; soit en reconnaissant l’hospitalité des
riches amateurs qui continuent, en collaboration
avec MM. Potel et Chabot, la tradition de Mécène ;
soit même, quelquefois, par aventure, en donnant
un commencement de notoriété aux pensionnaires
de chefs-lieux, aux lauréats des écoles parisiennes
qui font leurs premières études à l’Ecole des beaux-
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