Le charivari — 53.1884

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CINQUANTE-TROISIÈME ANNEE,

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SAMEDI 1er MARS 1884

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LE CHARIVARI

BULLETIN POLITIQUE

La commission parlementaire que l’affaire con-
cernait ayant déjà fait droit par son vote aux récla-
mations des gardiens de la paix et la Chambre
étant bien évidemment décidée à leur donner aussi
Satisfaction, il était permis de supposer que, de ce
côté du moins, aucune autre complication n’était
Plus à craindre.

Est-ce que cette supposition était erronée et
ne fallait-il voir, dans les premières revendica-
tions, qu’un prélude ?

D’une note, en effet, que plusieurs journaux ont
reproduite, il semblait résulter qu’il y aurait uue
suite au 'prochain numéro.

La note déclarait que le comité des gardiens de la
paix avait l’intention de convoquer, dans une pro-
chaine réunion, les agents de tous les arrondisse-
ments de Paris.

Les questions suivantes seraient soumises à l’exa-
men de cette assemblée :

1° Loyer ;

2° Gratification ;

3° Le médecin du conlrôle remplacé par un ser-
vice médical et pharmaceutique ;

4° Fusion du traitement avec l’indemnité de loge-
ment ;

3° Suspension des traitements ;

6° Les services fondus, réunis en une seule caisse
et répartis entre tous les arrondissements;

7° Mise à la retraite d’oflice de tous les agents
ayant atteint la limite d'âge ;

7° Retraite/proportionnelle à quinze ans, service
militaire compris ;

9° Réforme de l’article 4 de l’arrêté du 1er avril
1876.

Les membres du comité feraient un rapport géné-
ral, qui sera soumis à l’assemblée générale.

Nous apprenions d’abord par ce document qu’il y
avait un comité permanent dont jusqu’à présent on
c’avait pas soupçonné l'existence.

Secondement que ce comité dirigeant avait l’in-
tention de convoquer des assemblées plénières, d’en-
tretenir une agitation qu’on pourrait qualifier de pro-
fessionnelle, d’assimiler entin le corps des agents
aux corporations qui se meuvent librement dans
leur indépendance.

Il faut le dire franchement, c’eût été là un renver-
raient de tous les principes sur lesquels semblait
reposer jusqu’à présent l’institution même de la
Police.

Les gardiens de la paix, dont le dévouement s’est
%nalé par tant d’actes méritoires, se feraient illu-
sion sur leurs droits et trahiraient en partie leur
devoir s’ils entraient dans cette voie de protesta-
tion continue.

Ce ne sont pas seulement des fonctionnaires ou
des employés d’uu service civil. Ils sont organisés
militairement; ils détiennent une partie de la force
armée. On leur a mis en main uu chassepot qui ne
saurait faire pendant au sabre de M. Joseph Prud-
humme, qui ne saurait servir à défendre le gouver-
nement et au besoin à le combattre.

Il n’était encore question de rien de tel, nous nous
hâtons de le reconnaître, mais la pente était glissante.
Elle menait au-pronunciamiento.

11 est impossible d’admettre, — et d’ailleurs il y a
là-dessus des textes formels, — il est impossible
d’admettre que ceux qui se sont enrôlés pour veil-
ler, comme leur nom l’indique, sur la paix publi-
que travaillent à propager l’inquiétude, donnent
l’exemple de l’insubordination.

Le jour où ils ont accepté de porter l’uniforme,
ils se sont engagés par cela même a subir certaines
obligations exceptionnelles.

Encore uue fois, ils sout à moitié soldats.

Les soldats ne forment pas de comités, ne mena-
cent pas d’une grève, ne tiennent pas des réunions
publiques.

Nous avons dit, quand il le fallait, ce que nous
pensions de la maladresse des gens qui ont provo-
qué tous ces remue-ménage, en introduisant dans
uue loi nouvelle la clause qui a donné le branle aux
émois. Ce fut absurde.

On doit — c’est évident — revenir bien vite sur
cette bévue. On doit améliorer spontanément et
le plus possible la condition très dure des gardiens
de la paix.

Mais ce n’est pas par des sommations impératives
que ces améliorations peuvent être obtenues. Ce
n’est pas sur le ton de la menace qu’elles doivent
être demandées.

Ce n’est surtout pas en formant une sorte de coa-
lition.

Certes, la situation des braves agents est digne
d’un vif intérêt. Mais ils renieraient leur passé si,
cédant à de mauvaises suggestions, ils prenaient
une attitude qu’ou ne pourrait tolérer. Mieux vau-
drait pas de police du tout qu’une police donnant
l’exemple de la révolte.

Les agents l’ont compris eux-mêmes; car une
rectification réduit à quatre le nombre des adhè-
re! Ms à la fameuse réunion.

A la bonne heure ! Mais, l’occasion s’en présen-
tant, il n’était pas inutile de proclamer certaines
vérités.

Ceux qui trouvent les charges trop lourdes et les
profits trop minces sont libres de quitter individuel-
lement le poste d'honneur qu’ils ont accepté en en
connaissant d’avance et les périls et les rigueurs.

Toute manifestation collective est interdite par la
nature même du mandat que les agents remplis-
sent.

Devant eux aussi se pose cette alternative jadis
célèbre :

Ou se soumettre ou se démettre.

Pierre Véron.

Nous tenons de bonne source que plusieurs sé-
nateurs de la droite, effrayés des facilités dangereu-
ses accordées au divorce par le contre-projet de
l’honorable M. Eymard-Duvernay, ont décidé de
parer à ses inconvénients en le modifiant comme
suit :

« Article Ier. Sous aucun prétexte les époux unis
légalement ne pourront divorcer : le lien sacré du
mariage étant de ceux que la mort seule peut dé-
nouer. »

Sans doute vous allez me dire que cet article
équivaut au rejet de la loi et qu’il est inutile de
pousser plus avant.

Un peu de patience. La suite vous prouvera la
témérité de cette appréciation.

« article 2. Le Sénat voulant néanmoins donner
une preuve de sou amour du progrès et marcher
avec le siècle, décide que le divorce sera prononcé
dans les cas suivants.

» 1° Deux personnes de sexe différent, après
s’être rencontrées aux Folies-Bergère et avoir coha-
bité durant loute une nuit, pourront invoquer le
bénéfice de la loi et se séparer le lendemain sans
grave inconvénient.

» 2° Même facilité sera donnée aux conjoints de
passage dont l’iinion aura été célébrée dans un ca-
binet particulier, s'il est démontré qu’ils ne se con-
naissaient pas une heure avant le dîner.

» 3° Une promenade en fiacre, marchant au pas,
tous stores baissés, ne tirera pas à conséquence si
le pourboire donné au cocher lui a paru suffisant.

» En cas de discussion ayant nécessité l’interven-
tion de l’autorité, la séparation, seule, sera pro-
noncée.

» Les époux auront donc tout intérêt à ne pas
lésiner avec le gilet rouge qui les aura conduits
pendant la célébration du mariage.

» 4° Un jour d’orage, la jeune personne abrité
sous le rifflard d'un passant ne pourra forcer celui-
ci à la prendre pour légitime épouse s’il n’a été ques-
tion entre eux que de la pluie et du beau temps.

» Si, au contraire, le jeune homme s’est laissé
entraîner à des galanteries compromettantes, telles
que : « Me permettrez-vous de vous revoir ? — A
quelle heure vous trouve-t-on? — Vous êtes trop
gentille pour que nous eu restions là? » le divorce
ne pourra être admis .entre ies époux.

» 5° Deux loca!aires se rencontrant fréquemment
dans un escalier commun sans jamais échanger un
mot sont divorcés de droit.

» La loi ne saurait être trop large en pareille ma-
tière.

» Cependant s’il y a eu sourire, bonjour trop ac-
centué, regards eu coulisse de part et d’autre, ils
devront se considérer comme parfaitement unis
devant Dieu et devant les hommes.

» 6° Il y aura divorce enlre un voisin et sa voi-
sine si leurs chambres sont séparées par un mur
plein de 40 centimètres.

» Mais s’il n’y a qu’une simple cloison, le mariage
devient indissoluble.

» De même entre voyageur et voyageuse si le
trou de la serrure de la porte qui les sépare n’a pas
été hermétiquement bouché des deux côtés.

» On sait tout ce qu’un regard indiscret peut en-
gendrer de conséquences fâcheuses.

» 7° Seront bien et dûment mariés les jeunes
gens qui auront valsé ensemble plus de deux
fois.

» A moins pourtant que le danseur n’ait invité sa
danseuse que sur la demande formelle de la maî-
tresse de la maison. Le mariage est chose trop
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